17.04.2009
Loulappe
Mes grands-parents avaient une maison dans un petit village de la Beauce où, gamins, nous allions passer nos vacances. La salle de bain ne possédait ni baignoire ni douche. Nous nous lavions dans une grande bassine en métal.
Le portail vert s'ouvrait sur un jardin immense dans mon regard d'enfant. Le coin potager était l'occasion d'aller cueillir le persil ou la ciboulette pour l'omelette du soir. Des fleurs, je n'ai retenu que la diversité et la beauté des dahlias. Le coin aux fraises, dans le soleil, embaumait le mur de briques qui limitait les ambitions du jardin. Je me souviens aussi du cerisier. Ses fruits rouges, presque noirs, ravissaient le palais d'un goût à jamais perdu.
J'ai de très beaux souvenirs de la tombée de la nuit (je préférais son humidité tiède à la fraîcheur acide de la rosée du matin), des volets qu'on rabattait avec un bruit de planche contre la pierre, des cousins-cousines de passage (jours d'excitations maximum), du trèfle à quatre feuilles improbable et pourtant déniché dans l'odeur de l'herbe. De l'autre côté d'une clôture, des vaches broutaient sans fin la paix des lieux.
J'y suis retourné plus tard. La maison était vendue depuis longtemps. J'ai reconnu ses persiennes vertes, mais elle avait changé d'âme. Mon jardin était devenu si petit ! Je ne retournerai plus à Loulappe que dans mes souvenirs. Une bassine en métal, entraperçue dans le désordre d'une brocante, a fait resurgir cet éclat d'enfance oublié.
Mais une impression forte reste liée à ce lieu : je me réveille le matin, dans la petite chambre au plafond bas que je partageais avec ma sœur, le soleil traverse les volets à claire-voie — je suis heureux de vivre.
Théo (image Jean-Pierre Ceytaire)
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