27.01.2009

Douitch et Zibule

— J’ferme la porte.
— Douitch, je ne te vois toujours pas.
— Normal, au début.
— Elle est ratée, l'expérience.
— On peut pas dire encore. Faut attendre...
— Douitch, prends-moi dans tes bras, et serre très fort, comme si j'étais un lacet de chaussure, et que tu voulais faire une jolie boucle.
— J'te sens plus. Où t'es passée ?
— Je suis par terre, je crois.
— J'compte jusqu'à trente dans ma tête...
— Tu en es où dans tes comptes, Douitch ?
— 20, 21, 22, — j'ai bientôt fini — 23...
— Ça commence à bien me plaire.
— 27, 28, 29, 30 ! On sort.. Eh ! la porte est coincée.
— Tape des mains et moi des pieds !
— Ouf ! Ça y est. Alors ?
— Rien. Toujours rien.
— Ah ? On r’commenc’ra Zibule, promis ! Même si ça fatigue !
— Tu aurais peut-être dû compter jusqu'à cinquante.

(La chambre noire reste noire)

 

— Ils disent tous que la terre est ronde. Et si ce n'était pas vrai, Douitch ?
— On aurait la tête carrée.
— Ils disent tous que c'est la terre qui tourne autour du soleil. Et si ça non plus n'était pas vrai ?
— On s'lèv’rait le soir et on s'couchr’ait l'matin. Enfin j'crois.
— Ils disent aussi que la pluie tombe de haut en bas ? C'est vérifiable à ton avis ?
— T'as qu'à voir si j’me mouille d’hautenbas ou d’basenhaut.
— Je connais quelqu'un qui sait faire tenir en équilibre une goutte de pluie sur son index.
— Tu l'as vérifié ?
— Je n'ai pas eu besoin, c'est moi, Douitch. Regarde...

(Le sentir vrai)

 

— Mon premier est un cor.
— Corps.
— Mon deux est un ni.
— Nid ?
— Mon tierce est un piège à chon.
— .... ?
— Mon total m’donne le vertige quand j’te vois d’ssus.
— Corniche.
— Bravo Zibule, t'es pas tombée dans l'piège !

(Piège à cornichon)

 

— Douitch, dis-moi que tu m'aimes.
— Je t'aime.
— Depuis quand Douitch tu m'aimes ?
— Qu'est-ce que j'dois dire ?
— Je t'aime depuis aimedi dernier.
— Ok, j'l'ai dit.
— Et  tu m’aimeras jusqu'à quand ?
— J'qu'à aimedi prochain.
— Et de aimedi à aimedi, il y a combien de jours, Douitch?
— Tu l'sais bien, Zibule, c'est tous les jours d'la vie qui passent entre.

(Les aimedis ne sont pas des jours comme les autres)

 

— Je saigne plein, Douitch.
— Comment c't'arrivé ?
— Je me suis piquée avec la petite aiguille.
— A quelle heure ?
— Elle était juste sur le 1.
— Ton sang qui coule, c’est mon temps qui passe.

(La grande aiguille va plus vite, mais elle est moins dangereuse)

 

— R'garde, r'garde Zibule, encore un lâcher d'enfants dans le ciel.
— Rouges, jaunes, bleus, verts, plus légers que l'air.
— Tu voudrais que j’te lance dans l'air Zibule ?
— Non ! je voudrais que tu m’accroches sur terre.
— Mais un jour Zibule, un jour faudra bien partir.
— Je ne veux pas Douitch ! Je ne veux jamais te quitter.
— J'partirai avec toi.
— Tu sais bien que c'est impossible. Serre-moi Douitch !

(La drôle de peur de s'envoler)

 

— Les trottoirs de Paris sont si sales, Douitch.
— Les genss ssont ssi sseuls Zibule.

(Peine Capitale)

 

— Zibule ! j'ai une grande nouvelle à t’dire.
— Tu as parlé à quelqu'un.
— Mais comment qu’tu l’sais ?
— Je t’ai vu à ma façon, Douitch. Comme d’habitude.
— Tu d'vin’ras jamais c’que j'ai dit.
— Tu n’as rien dit. Tu as fait semblant.
— Comment tu l'sais, ça ?
— Je n’ai rien entendu.
— Mais Zibule, si j'avais parlé, t'aurais rien entendu non plus !

(Avec des scies on coupe des branches inutiles)

 

— J’t’ai cherchée toute la nuit. 
— Pauvre Douitch !
— J’t'ai appelée tout le jour.
— Mignon Douitch.
— Et puis j'ai même un peu pleuré.
— Si j'avais été là, j'aurais su te consoler.
— Non Zibule, si t’avais été là, t'aurais pas eu besoin de l’faire !
— Il y a des jours où on a du mal à se comprendre, Douitch.

(Une absence)

 

— J'ai trouvé un billet de 500 euros par terre.
— Fais voir.
— Je l'ai découpé en 500 petits morceaux.
— Quel trésor de patience !

(Admiration)

 

— Est-ce qu'il y a des jours terribles, Douitch ?
— Pour certains oui, pas pour d'autres. Jamais les mêmes.
— Qu'est-ce qui fait qu'on est certains ou qu'on est d'autres ?
— Les événements, Zibule. C't’eux qui font la pluie et l’beau temps.
— Et qui les fait les événements ?
— La peur d’tourner en rond ou d’pas tourner très rond. Va savoir ?

(La peur de la peur)

 

— Sous la mer, il y a les poissons, hein Douitch ?
— Si.
— Sous la terre, les insectes, les chagrins, les belettes, les graines...
— Oui, oui.
— Sous le feu, le bois, la guerre, la pierre, le fer...
— T'as tout bon Zibule.
— Et sous le ciel, les oiseaux, les avions, les champs de blé et les chants d'amour.
— Moui. Mais où tu m’mets les gens Zibule?
— Je ne sais pas quoi en faire, Douitch.

(L’embarras du choix)

 

— Que fais-tu Zibule ?
— J'attends.
— Quoi t’attends ?
— Des amis.
— J’savais pas qu’t’avais des amis ici.
— Ce n'est pas grave Douitch. Eux non plus.

(Enceinte)

 

— Un, deux, trois, quatre, cinq, six...
— Le noir me fait un drôle d'effet. J'ose à peine respirer, Douitch...
— ... onze, douze, treize, quatorze...
— ... et puis, tu entends ? je ne parle plus, je chuchote...
— ... 19, 20, 21, 22, 23, 24, 25, 26...
— Ta respiration m’étourdit, ton sang me noie...
— 33, 34, 35, 36, 37, 38, 39, 40...
— Là ! un filet de lumière dans le trou de la serrure...
— 47, 48, 49, 50 !
— Vite ! Dehors !
— Cette fois, on va savoir.
— Douitch ! Tu es tout blanc !
— J'ai eu peur, Zibule.
— Ne renonce pas, Douitch.

(Le noir et le blanc)

 

— Ils disent que tant qu'on n’a pas ouvert la boîte, le chat n'a pas mangé la souris.
— C't'un point d’vue.
— Et que lorsqu'on ouvre la boîte, que la souris n'y est plus et que le chat est content, ils disent qu'il y a peut-être un autre monde où le chat n'a pas mangé la souris.
— Et un aut’, Zibule, un aut’ où la souris a mangé l’chat.

(Les mondes gigognes contiennent des miroirs déformants)

 

— Un sourire, Douitch.
— Zibule, laisse-moi. J'ai pas l'moral aujourd'hui.
— Quand tu dis ça, c'est que ça coince quelque part.
— Un jour tu partiras. Comme ça. Ça prévient pas.
— Et c'est pour ça que tu te mets dans une peine pareille ?
— Oui, c'est pour ça !
— Eh bien, ça m'étonne, moi, ça !
— C'qui t'étonne Zibule ?
— Qu'une chose qui n'existe pas aujourd’hui te mette zéro au moral.

(Les rapports incestueux de l’avenir et du présent)

 

— Douitch, c'est quoi l'ambition ?
— La volonté d'arriver très haut.
— Comme la tour Eiffel ?
— Ou c'est vouloir que les zaut' t'envient.
— Mais pour qu'ils t'envient, ceux-là, c'est qu'ils n'ont pas d'ambition.
— Pas un sou !
— Et qu'est-ce qu'on est, Douitch, si on n'est ni ambitieux ni envieux ?
— C'est qu'on n’veux rien, parce qu'on a tout. Qu'on est cul et ch’mise avec la vie, pt'êt bein.

(Moi et Toi )

 

— Ils disent que tu es un bon à rien, Douitch.
— Disent ?
— Bon à rien.
— C'tout-à-fait moi. Bon et rien.
— Douitch, tu es rien que bon !

(L'envers est l'endroit)

 

— On essaye encore la chambre noire ?
— Pas tout'suit' Zibule... M'sens pas prêt.

(Broyer du noir dans son coin)

 

— Pourquoi les gens s'aiment, Douitch ?
— Les cyniques disent qu'c'est pour la reproduction d'l'espèce. Les cinoques croient au grand A.
— Et toi, Douitch, tu es Nique ou Noque ?
— J'sais pas, Zibule. J'suis dans les j'm'en fiche du moment qu’t’es là.
— Embrase-moi, Douitch.

(Les cieux dans les cieux)

 

— Je ne cesse de ressasser ton baiser.
— Tu f'rais mieux d'm'en r’d'mander un aut'.
— Je n'aurais jamais assez de celui-là. Il est unique, tu comprends ?
— Zibule, ça fond vite les baisers !
— Ce n'est pas vrai ! Il est encore bien palpable dans ma bouche. Je l'y garde pour la vie.
— Zibule...
— Douitch ?
— Tu veux m'prêter l'baiser que j't'ai donné ?
— Bien sûr petit Douitch. Tu vas être surpris de sentir combien il est chaud...

(Un seul baiser suffit)

 

— Si mon grand-père était fourchambaltais, ta grand-mère gabalitaine, ma tante bajocasse, ton arrière-petit cousin biterrois, mon parrain barrisien, ta mère mirapicienne et mon père rabastinois, nous aurions peut-être tout pour être deux. Brrrr ! !

(La formule machique)

 

— Je viens encore de rêver un mot !
— ... ?
— Légeovrémisation.
— Qu'ça veut dire ?
— Réaction incontrôlée d'un sujet subitement placé en apesanteur. A deux lettres près le sens en était changé, sans que la prononciation diffère. Si je l'avais épelé Légeovraimisation, il eut s’agi de la légère oscillation des cils d'une poupée que l'on tient la tête à l'envers tout en marchant. Et plus surprenant encore, en enlevant une seule lettre pour faire Légovrémisation, je me retrouvais avec un terme qui définit la secrétion invisible de l'espérance cultivée entre quatre murs de béton. N'est-ce pas génial, mon Douitch ?
— Zibule, laisse tomber les mots !

(Mastère de masturbation)

 

— C'est vrai que tu ne m'oublieras jamais ?
— Oui ! C'est comme faire du vélo, nager, grimper aux arbres... Une fois qu'on sait qu'on sait, on sait.
— Tu es sûr que tu ne me confondras pas avec un rêve d'enfance ?
— J'rêve jamais, Zibule.
— Même pas la nuit ?
— La nuit j'disparais, l'jour j'rapparais. C'est comme ça que j'vis depuis que j’vois.
— Et tu n'as aucun rêve en tête ?
— J'ai des étoiles, d’la pluie, des nuages... Mais rien que j’saurais pas quoi en faire. N’crains rien, Zibule.
— J’aimerais tant voir le soleil, Douitch.
— Je sais... On va réessayer bientôt.

(Idées fixes et pensées fluides)

 

— Pour moi, un rêve, c’est une chose impossible dont on a tant envie qu’elle finit par arriver.
— Si c’t’impossible, comment ça s'fait qu'elle arrive ?
— Décortique, Douitch, et tu verras ce qui se cache au beau milieu du mot.
— Impos.........si !.............ble. C’t’incroyable !

(L’impossible devient fissible et dégage une incroyable énergie)

 

— Douitch, comment fait-on pour crever la bulle ?
— En allant de l’avant, Zibule, j’connais pas d’aut’e moyen.
— Et si l’on prend pas la bonne direction ?
— On rectifie. Il est jamais trop tard. Mais rien n’est pire que d’s’embourber sur place.
— Apporte-moi un tapis roulant, Douitch.

(La boussole et la boue du sol)



— Zibule, où t’es encore passée ?
— Je me cache, Douitch.
— Tu veux qu’on s’amuse à jouer ?
— Je ne joue pas, Douitch, je me protège.
— De quoi donc ?
— De qui donc !
— Bon, de qui donc ?
— De toi donc !
— Et pourquoi que tu t’protèges de moi, Zibule ? Je ferais jamais d’mal à tes ailes. Tu l’sais bien.
— Ta bouche est si grande que, des fois, j’ai peur de me laisser avaler.
— Promis pour aujourd’hui : mots tus, bouche cousue.

(La protection dans l’amour empêche de goûter à l’amour)

 

— Tais-toi, Zibule, laisse-moi causer.
— …
— T’es une plume qui voyage dans mon corps comme une bombe.
— …
— Et t’es une bombe en suspens dans mon âme comme une plume.
— …
— Ça m’dépasse l’entendement, c’paradoxe. Dis, rien, Zibule. Faut qu’j’aille au bout.
— …
— Plume, bombe, plume, bombe… Ils ont le « m » et le « e » en commun, et les trois autes lettres sont différentes.
— …
— Bombe moins le « m » et le « e », ça fait « Bob ». c’est pète-sec, ça tombe impératif comme un ordre militaire dans une tranchée qui sépare l’avant de l’après. Tu m’écoutes toujours ?
— Oui mon beau soldat de naguère.
— Plume sans « m » ni « e », n’est plus que« Plu ». Ça mouille, et plus ça mouille, plus ça brasse comme d’la glaise qu’on en finit pas d’pétrir pour le plaisir d’la sentir entre les doigts et lui donner toutes les formes imaginables.
— …
— Voilà ! Je sais comment j’t’aime maintenant.
— Douitch inspiré, tu me diras un jour, pourquoi tu m’aimes ?
— J’ai bien peur de tout gâcher, Zibule.
— Promets-le moi quand même.
— J’te l’jure, mais...

(Le pourquoi est l’ennemi juré du comment)

 

— Je t’ai compris, Douitch. La bombe, c’est la vie qui décide pour toi. La plume, c’est toi qui joue avec la vie.

(La race féminine des mots)

 

— Oh ! Douitch, Douitch, je te retrouve !
— Zibule, de l’Arctique à l’Afrique, j’étais prêt à fouiller tous les recoins noirs et blancs de la terre.
— J’ai pleuré, crié, frappé des poings contre ta poitrine, rien n’y faisait.
— Je boudais dans mon boudoir, Zibule.
— Douitch, je coulais dans mon bougeoir.
— J’ai pensé que tu m’en voulais de ne pas savoir « Pourquoi ».
— Je t’ai tendu mon visage et tu n’as plus vu que toi, Douitch. J’ai eu si peur que tu ne me voies plus jamais.
— J’ai fermé les yeux et j’ai recommencé à compter, comme avant. Tu t’rappelles ? Un, deux, trois…
— Quatre, cinq, six…
— … sept, huit, neuf, dix, onze…
— … douze, treize, quatorze…
— … quinze…
— Et c’est là qu’on s’est retrouvés, mon Douitch. Comme dans un rendez-vous-surprise.

(Le vrai problème : ne pas savoir ce qu’il faut résoudre)



— Regarde, Zibule, j’ai une coccinelle sur le doigt.
— Montre-lui le soleil, qu’elle y vole.
— Pour qu’elle s’y brûle les ailes ? Non, Zibule.
— C’est à mon rêve que tu viens de couper les ailes, Douitch.
— Elles repousseront, elles repoussent toujours.

(Les rêves ne se partagent pas)

 

— Zibule, t’es encore plus belle chaque fois que je te regarde.
— Tu as de plus en plus peur qu’on se perde, Douitch. Je ne vois pas d’autre raison.
— Non, Zibule. Ça n’a rien à voir avec la peur. C’est mes yeux qui s’ouvrent de plus en plus.
— Ils disent qu’une grande frousse écarquille les yeux, Douitch.
— Ah ! Ah ! Ah ! Et moi je leur dis que le malheur constipe et le bonheur dilate.
— Tu crois que plus on est heureux, plus on risque de péter fort, toi et moi ?
— Tu m’fais rire, tu m’agrandis les yeux et en plus tu m’troue l’cul !
— Je ne veux pas te perdre, Douitch.

(La peur viscérale)

 

— Je donnerais tout l’argent que j’ai pas pour 1% d’éternité avec toi.
— 1 % d’éternité, c’est toujours l’éternité, malicieux Douitch.
— Oui, mais en classe économique, p’têt’ bien.
— Joue au loto, Douitch. La chance sera plus forte que les statistiques.
— L’argent est un signe extérieur de pauvreté, Zibule.

(Ne pas prendre les chiffres à la lettre)

 

— Au fait, Douitch…
— Hum ?
— Pourquoi tu m’aimes ?
— J’sais toujours pas, Zibule.
— Tu es si aimant ! C’est impossible que tu ignores pourquoi.
— Crois-moi, Zibule. J’ai rien à dire.
— Je serais à l’autre bout du monde, je me sentirais attirée par toi.
— Amant, aimant, c’est du kif-pareil, Zibule.
— Pourquoi tu ne peux pas me le dire, Douitch ? Une chose si belle !
— Ça m’énerve de n’pas savoir quoi t’répondre. Et quand ça m’énerve, j’suis capable de sortir la plus belle cânerie du monde.

(Tout sauf n’importe quoi)

 

— Douitch, pourquoi les gens se suicident ?
— Pour échapper à la peine de vie.
— Tu voudrais y échapper, toi ?
— Tant qu’tu seras là, Zibule, y’a pas d’danger.
— Tu me fais peur, Douitch.
— C’est toi qui me fait peur, Zibule.

(Otage à la vie à la mort)

 

— Douitch, raconte-moi une histoire qui me donne le goût du monde entier.
— Tu te plais pas ici ?
— J’ai envie de voyager à travers toi. Tu contiens tant de pays repliés sur toi-même.
— J’suis comme un carton d’invitation en accordéon, tu veux dire ?
— Tout est en accordéon chez toi, Douitch. Tes chaussettes, ton pantalon, ton corps. Tu aspires, tu souffles, et chaque parcelle de ton âme est un bouton à presser.

(L’âme de la World Music)


— Je ne veux plus qu’on tente l’expérience de la chambre noire, Douitch.
— Et pourquoi ça ?
— Ta coccinelle de l’autre fois est venue se poser sur mon doigt.
— Et alors ?
— Elle s’est envolée avant que j’ai fini de compter jusqu’à 10.
— Moi, j’ai jamais connu d’coccinelle qui comptait plus que sept points noirs.
— C’est sérieux, Douitch. J’étais tellement sûre que si elle attendait, notre expérience réussirait.
— Alors j’te rassure, Zibule, je vous ai vues, et je m’suis dit que si elle s’envolait avant,  ce serait tout bon.

(A trop vanter les signes, ils s’éventent)

 

— J’t’ai écrit un poème, Zibule.
— Petit Douitch, je suis la reine d’un jour heureux.
— Veux-tu l’entendre ?
— Chut ! Douitch. J’écoute battre le cœur de ton poème.

(Les mots pour l’écrire, le silence d’où l’entendre)

 

— Rouma rouam roaum romau roamu rmoua rmuoa ramou
— Umaro uamro uaomr uomar uoamr urmao uroma
— Oumar ouamr oumra oaumr omaur oamur
— Muaor mauro maruo marou
— Aomru aromu
— Amour !
— Tu as triché, Douitch. On n’a pas exploré toutes les combinaisons.
— Il faut toujours en garder pour la fin, Zibule.

(Le mot de cinq lettres est un porte-bonheur)

 

— Je me trouve si banal, des fois, Zibule.
— Et moi si ordinaire, mon petit Douitch.

(Tout pour une union commune)

 

— Douitch, c’est horrible.
— Raconte !
— J’ai rêvé d’un autre homme que toi.
— Ah ! Ah !
— Il te ressemblait trait pour trait.
— Nom d’un putois !
— Il me disait que tu étais son sosie, et que lui était le vrai Douitch.
— Donne-moi la clé de tes rêves, Zibule. S’il revient cette nuit, je le démasque.
— Je savais, bien que ce n’était pas toi. Mais il insistait, insistait.
— C’est typique d’un faux sosie, ce comportement imbécile !
— Il voulait m’embrasser, je le repoussais de toutes mes forces, il revenait.
— Pourquoi ne m’as-tu pas appelé ?
— J’ai crié, hurlé que j’étais le sosie de Zibule.
— Bien joué !
— Il est devenu tout à coup si bête !
— Ça me met en colère, ça Zibule, qu’un sosie prenne un visage bête devant toi.
— C’était toi mais tellement pas toi.
— Et  comment qu’t’en étais si sûre que c’était pas moi ?
— Je ne le sais pas moi-même...  Pourtant c’était si évident.
— Tu m’demanderas plus « pourquoi » je t’aime, Zibule ?
— Non, Douitch.

(Le cauchemar au secours de la réalité)

 

— Tu as vu ? Ce moineau… J’en suis toute émue.
— Ton étonnement m’surprend, Zibule.
— Il ne me connaît pas et il vient manger dans ma main.
— Tu l’connaissais pas plus et tu lui as tendu la main.
— La prochaine fois, j’essayerai avec un petit poisson. Et toi ?
— Moi, Zibule, y’a qu’les moustiques qui viennent me manger dans la main.

(L’étonnement de l’étonnement de l’émerveillement)

 

— Zibule, j’ai une pensée importante à te dire.
— Pas besoin de frapper avant d’entrer, Douitch.
— Ça va te paraître idiot. Je ferais mieux d’me taire.
— J’aime tes pensées idiotes-importantes.
— Des fois, je parle, et tout d’un coup, ça n’est plus que des mots. Et ça me rend triste comme la lune en plein jour.
— J’adore tes mots qui ne sont plus que des mots. Regarde, Douitch, je saute à la corde avec. Sur un pied, sur deux, hop ! hop !
— Ça t’est égal de savoir que l’essentiel s’accroche à des mots pas faits pour ça ?
— Hop ! hop ! hop !

(La corde raide s’assoupit)

 

— Zibule ?
— Douitch !
— J’suis prêt, si t’y tiens toujours.
— Tout de suite, alors !
— On n’a pas besoin d’chambre noire, tu l’sais bien. Y'a qu'à fermer les yeux.
—  N'oublie pas, Douitch.
— Quoi ?
— Que même loin, je suis là, que même là tu es loin.

— L’compte à r'bours a commencé dans ma tête...

(Exit Zibule ? Existe Douitch ?)

 

Théo