19.12.2009

La grenouille et le bœuf

Le président Sarkozy déclarait récemment vouloir affecter une partie du grand emprunt à l'ensei- gnement supérieur afin que nous ayons « les meilleures universités du monde ».

Pourquoi les « meilleures » ? D'« excellentes » universités, n'est-ce pas assez ? Vouloir sans cesse faire mieux, se dépasser, sur le plan individuel, collectif, institutionnel, je n'ai rien contre, bien au contraire. Il est toujours possible de mieux faire. Mais tant qu'on prétendra vouloir être le plus grand, c'est-à-dire plus grand que les autres, on alimentera le chauvinisme national, toujours stupide et rétrograde, et par voie de conséquence l'agressivité et la méfiance entre les peuples.

Est-ce votre petite taille, M. Sarkozy, qui vous pousse à vouloir chausser les bottes du géant ? Ou bien tirez-vous encore et toujours la même ficelle bien usée qui consiste à flatter ce qu'il y a de plus bas chez l'électeur ?

Théo

30.11.2009

La mauvaise passe

En quelques jours Roselyne Bachelot a convaincu un grand nombre de Français de l'urgence à se faire vacciner. Eux qui semblaient si indifférents, voire hostiles à toute idée de se faire inoculer un vaccin fabriqué à la hâte, dont on ne connaissait pas trop les effets secondaires.

Quel est donc le remède miracle de Mme Bachelot ? La peur ! Et ça marche ! Il a suffi qu'elle monte au créneau, appuyé par quelques médecins et la bienveillance des médias toujours en quête d'audimat, et hop ! c'est la trouille au ventre que les Français se plaignent à présent de la longueur des fils d'attente et du manque d'organisation dans les centres de vaccination.

Mais à trop vouloir ouvrir le parapluie, la ministre de la Santé joue les apprenties sorcières. Et joue surtout avec notre santé.

S'il y a urgence à se faire vacciner parce que l'on dénombre en France entre 70 et 80 décès dus directement ou indirectement à la grippe A(H1N1), qu'attend le gouvernement pour faire fabriquer un vaccin anti-hommes à inoculer de toute urgence aux femmes, puisqu'une d'entre elles meurt tous les 2 jours ½ pour cause de violence masculine ?

Toutes les 6 secondes un enfant meurt de la faim dans le monde - soit 14 000 par jour. Qu'attend-on, là encore, pour vacciner d'urgence les gouvernements des pays industrialisés contre l'égoïsme, l'indifférence et le cynisme ? et les gouvernements des pays directement concernés, contre l'incompétence et la corruption ?

Pourquoi cette mobilisation gouvernementale pour le moins sélective ? On l'a assez dit : d'une part nos dirigeants ont été échaudés par l'affaire du sang contaminé puis celle de la canicule de 2003 qui a coûté la mort à 15 000 personnes, principalement âgées ; et d'autre part, ils ont cédé un peu vite à la pression des laboratoires pharmaceutiques - rappelons que Roselyne Bachelot, avant de faire de la politique, a travaillé pour un laboratoire et qu'elle a été elle-même pharmacienne.

La peur, à petite dose, peut être bonne conseillère. Mais à dose d'éléphant, elle produit l'effet inverse de celui recherché. Les médecins et les psys savent depuis longtemps qu'elle peut être un facteur aggravant et même déclencheur de maladie ! Au début du siècle dernier, on avait fait croire à un homme qu'il occupait un lit dans lequel était mort un malade atteint du choléra. Aussitôt il manifesta les symptômes de cette maladie et en mourut.

On peut véritablement parler de contagion mentale, la peur étant l'agent de cette contagion. Il ne serait donc pas étonnant que le nombre de cas de personnes atteintes de la grippe A(H1N1) augmente dans des proportions démesurées du fait de la panique semée dans l'opinion publique grâce à madame Bachelot et consort. Que constate-t-on déjà ? Depuis que cette peur a été répandue à dessein, il y a une dizaine de jours, le pourcentage de décès dus à cette maladie a augmenté dans une proportion importante. La coïncidence est étonnante, non ?

Il n'existe pas encore de vaccin contre la peur, mais la raison peut aider à la combattre. Comprendre les enjeux derrière les mots et les attitudes, décrypter les comportements est plus que jamais indispensable. N'est-il pas clair, ici, que le gouvernement s'est trouvé devant une double peur : d'abord la peur d'être accusé de n'avoir rien fait, devant la menace d'une dangereuse pandémie, puis la peur d'être accusé d'avoir trop fait, en se retrouvant avec des millions de vaccins sur les bras.

Il a alors sciemment choisi de se débarrasser de ses peurs en nous faisant peur. Comme on refile un ballon dans une mauvaise passe.

Théo

13.11.2009

L'arbre qui cache la forêt

Lorsque Eric Raoult déclare que les lauréats du Prix Goncourt devraient être tenus à un droit de réserve, il ne s'en prend pas à Marie NDiaye.

En effet, il ne peut ignorer que les propos anti-Sarkozystes tenus par Marie NDiaye datent de plusieurs mois. Ils ont été énoncés à un moment où personne et certainement pas l'auteure ne pensait qu'elle allait remporter le Goncourt.

Eric Raoult vise donc les membres du jury du Goncourt, et ceux-ci l'ont bien compris, qui ont aussitôt réagi.

« C'est ridicule », déclare Bernard Pivot, « Il confond avec le prix Miss France », rétorque Patrick Rambaud.

Mais au-delà du jury du Goncourt, ce sont toutes les manifestations culturelles médiatiques dont la tête vient d'être mise à prix : César, Molière, Cannes, etc...

Membres de tout jury, Eric Raoult vous ordonne de vous autocensurer — au nom de l'identité française, sans doute. Quelle que soit la qualité de leurs œuvres, n'allez pas décerner un prix à des artistes suspectés d'être irrévérencieux à l'égard de p'tit Nicolas II.

Les propos de Raoult sont effectivement ridicules, mais s'il était ministre de la Culture et de la Pensée lénifiante, ils feraient peur.

Quant à Frédéric Mitterrand, le ministre de la Culture actuel, il a perdu une bonne occasion de se faire entendre. Très courageux, l'homme a préféré adopter un profil bas. Sans doute a-t-il enfin compris quelles sont les qualités d'un bon ministre selon Sarkozy.

France, tu es en train de perdre ton F.

Théo

08.11.2009

Monsieur Eric Besson

Je me demande si vous ne seriez pas mieux inspiré de nous recommander la lecture des Carnets du major Thompson, nous ririons tous ensemble à l'humour désuet de notre ancien compatriote Daninos - d'un rire à vous ressouder une nation dont les élus ne savent plus par quel bout se pendre les uns les autres.

Quand vous dites « débattons », n'est-ce pas une façon de nous donner « des bâtons » pour mieux nous policer, dans cette chasse à l'identité nationale, comme un Guignol sans cesse poursuivi par les gendarmes ? Ce n'est pas parce que vous êtes un Besson que nous sommes imbéciles, monsieur le ministre. Vos ficelles sont bien grosses.

Il serait temps d'en finir avec le mythe de l'identité française, qui n'est qu'un attrape-nigaud à l'usage des politiques en quête de voix. En dehors de ces calculs électoraux pervers, vouloir établir l'identité française est absurde et dangereux. C'est forcément enclencher un principe d'exclusion qui flatte certains électeurs dans le sens nauséabond du poil, au nom d'un idéal qui n'est qu'idéologique et ne correspond à rien dans les faits.

A elle seule, ma famille compte des ascendances créoles martiniquaises, espagnoles, étasuniennes, suisses et belges. Certains membres sont de souche, d'autres naturalisés, parfois possesseurs d'une double nationalité acquise par mariage ou naissance. La couleur de nos ancêtres forme dans les plis du vent un drapeau noir, blanc, rouge.

L'identité française est-elle composée de la somme de toutes ces parties ? Autant dire face à un tableau impressionniste qu'en mélangeant les couleurs qui la composent, on obtiendra une image idéale représentative du peuple français. Vous imaginez à quoi ressemblerait un Monet dont on aurait fondu les couleurs en une bouillie infâme ? La réponse est dans la question. Au contraire, la richesse du paysage impressionniste vient de la multiplication des touches individuelles qui se touchent et jouent dans la lumière et l'œil du spectateur un spectacle sans cesse différent.

La Vie est mouvement, la France n'y échappe pas, dans son histoire, sa géographie, sa culture, rien n'est jamais définitif et heureusement, parce que les sciences nous ont appris que tout ce qui se fige est déjà mort.

Puisque je parle d'histoire, pouvez-vous me dire quel passé commun ont un enfant des Antilles, un Rebeu, un Breton, un Corse ou un Parisien ? J'ai le sentiment que bien plus de choses les séparent qu'elles ne les rapprochent. Mais si hier les divise, aujourd'hui peut les réunir. Lisez ou relisez Edouard Glissant, monsieur le ministre.

Au lieu de nous chercher une identité commune artificielle sous prétexte que nous vivons sous le même régime et devons obéir aux mêmes lois, au lieu de vouloir nous faire rentrer dans le rang en nous faisant chanter qu'« un sang impur abreuve nos sillons », qui est selon vous « un cri de liberté », vous feriez mieux de mettre en valeur nos différences et d'œuvrer avec le gouvernement dont vous faites partie pour que des passerelles se construisent et s'empruntent de plus en plus, y compris et particulièrement quand il s'agit d'exilés afghans ou de tous ces réfugiés qui fuient la guerre, la misère et autre forme d'inhumanité.

Si vous ne le faites pas par idéalisme, faites-le par réalisme, car vous savez bien qu'à moyen terme la survie d'une Europe à la population vieillissante passera par le brassage des cultures et un accueil bien plus large et bienveillant fait aux immigrés.

Laissez tomber l'habit de la médiocrité, monsieur Eric Besson ; il vous prête une silhouette très peu dans l'esprit français.

Théo

30.10.2009

Amours délétères

pour nous baiser aux régionales
le sceptre a convoqué le spectre
de l'hydre entité nationale

Théo

06.10.2009

Clics ou troubles

Si vous pensez « après moi le déluge », ce lien n'est pas pour vous :

Cliquez dans la nouvelle fenêtre sur Download the Song

Il s'agit d'une « pétition-musicale » à l'initiative de Kofi Annan, ancien secrétaire général des Nations Unies, à l'intention des futurs participants au sommet de Copenhague, censés prendre des décisions efficaces pour lutter contre le réchauffement climatique. Vous téléchargez gratuitement le fichier musical qui vous est proposé et votre « clic » constitue une signature numérique qui s'ajoute à toutes les autres

Théo

28.09.2009

Gages de bonne volonté d'un paradis fiscal

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La Suisse arrête Roman Polanski...

 

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... et relâche Hannibal Kadhafi en s'excusant auprès de son père.

28.05.2009

L'homme du jour (et de la nuit)

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Tiberi, cet aigle fin

11.04.2009

La Tanit

J'ai lu des commentaires d'un rare mélange de cruauté et d'imbécillité sur le net à propos de la mort de Florent Lemaçon, otage sur la Tanit. Le rêve de cette famille, qui voulait s'offrir une véritable aventure (et qui dit aventure dit risques), comment ne pas le comprendre ? J'ai passé quelques heures à lire de bout en bout le blog écrit par Chloé (ici) sur leur histoire en train de se faire. Je ne cherchais pas à les comprendre, leurs raisons, leurs objectifs étaient tellement limpides ! Je voulais les connaître mieux à travers leurs mots, leurs images, leur voix.

Florent paye d'un prix maximum la part de rêve qu'il a eu le courage de prélever à l'existence formatée qu'on lui proposait. Chloé, sa femme, et lui savaient les risques qu'ils encouraient et faisaient encourir à Colin, leur enfant. Mais ils ont voulu donner corps à leurs rêves. On dira, on a déjà dit, que la suite leur a donné tort. Qu'ils ont été fous, irresponsables. Mais la folie, l'irresponsabilité n'est-elle pas de rester dans cette société quand on a des enfants, sachant l'avenir peu digne qu'elle leur propose ?

Qui ne risque rien n'a rien, et ce rien est plus que jamais terriblement vide de sens. Alors, oui, je rends hommage à cet homme qui a voulu tout ce dont il se désirait digne et capable d'avoir, bien qu'il en soit mort.

(Il faudra établir du reste les circonstances exactes de sa mort. Il est normal qu'un Etat vienne au secours de ses ressortissants, mais cela n'interdit pas qu'on s'interroge sur l'opportunité des moyens employés. A l'heure où j'écris cette note, aucune précision n'a été apportée.)

Accuse-t-on d'irresponsabilité les aventuriers de l'espace ? Pourtant certains en ont payé le prix fort. Dans tous les domaines de l'existence, les avancées se sont faites, et continuent de se faire au prix d'un risque élevé, lequel s'avère cyniquement calculé, caché ou sous-estimé au nom d'intérêts souvent inavoués car inavouables. Or ce risque concerne aujourd'hui des populations entières, à qui l'on ne donne même pas le choix de le prendre ou non en leur âme et conscience !

Pourquoi refuser à l'individu ce que l'on accepte pour le bien des individus ? L'hypocrisie n'est pas nouvelle. L'individu n'a de place dans la société, quelle qu'elle soit, qu'à condition de se soumettre docilement au service d'intérêts supérieurs qui ne recherchent, bien entendu, que l'intérêt de la collectivité. Si l'on recherchait véritablement l'intérêt collectif, cela se traduirait rapidement par moins de chômage, une plus juste répartition des richesses, une vie culturelle plus riche.

Florent et Chloé avaient calculé les risques de leur rêve, au point d'avoir décidé un temps de laisser Florent poursuivre seul, avec deux coéquipiers amis, le voyage jusqu'au Kenya, où les auraient rejoints la mère et l'enfant. Et puis finalement, la trop forte envie de vivre ensemble cette aventure a repris le dessus. Aux survivants, et à eux seuls, il appartiendra de se poser les questions rétrospectives, ô combien douloureuses. Je souhaite cependant à Chloé d'avoir la force d'assumer jusqu'au bout les choix qu'ils firent ensemble, la force de vivre avec Colin dans l'esprit de ce rêve de liberté qui leur était si cher.

Colin a perdu son père, mais il saura un jour qu'il voulait lui apprendre à vivre ses rêves au risque d'y perdre la vie plutôt qu'à vivre au risque de perdre ses rêves. C'est un cadeau aussi précieux que la vie.

Théo

 

11.03.2009

Addition, Soustraction, Total

Lorsque Total a publié son bénéfice net pour 2008 (13,9 milliards d'euros), Martin Hirsh, haut commissaire aux solidarités actives, lui a demandé aux vues de ces résultats, de faire un effort sur l'emploi. Réponse hier de cette chère compagnie aux multicasseroles pleines de pétrole : suppression annoncée de 555 postes dans les mois à venir.

Quand je parle de casseroles, je fais allusion naturellement à la responsabilité avérée de Total dans la marée noire provoquée par le naufrage de l'Erika, au procès AZF en cours, à la complaisance dont bénéficie le groupe en Birmanie de la part de la junte militaire en place qui met à sa disposition une main d'œuvre forcée, ou encore à la pollution liée à ses activités pétrochimiques qui rejettent dans l'air d'énormes quantités de CO2.

J'ai décidé de soustraire ma petite goutte de pétrole en boycottant ses stations d'essence. Vous allez me dire que je prive ainsi (bien modestement) de braves pompistes qui n'ont guère d'autre choix que de vendre le produit de qui les rétribue. J'en suis conscient, nous savons tous que rien n'est humainement parfait, mais est-ce une raison pour ne rien faire ? Et comment faire autre chose quand on est consommateur basique ?

Si nous nous situons dans le court terme, c'est très injuste. Mais si nous pensons à long terme, à nos enfants, à nos petits-enfants, le point de vue change, les scrupules les plus compréhensibles cèdent la place à l'urgence d'agir.

Théo

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