15.08.2009

La grille magique

25° 26° 27° 28° 29° 30° 31° 32° 33° 34° 35° 36°
26° 27° 28° 29° 30° 31° 32° 33° 34° 35° 36° 37°
27° 28° 29° 30° 31° 32° 33° 34° 35° 36° 37° 38°
28° 29° 30° 31° 32° 33° 34° 35° 36° 37° 38° 39°
29° 30° 31° 32° 33° 34° 35° 36° 37° 38° 39° 40°
30° 31° 32° 33° 34° 35° 36° 37° 38° 39° 40° 41°
31° 32° 33° 34° 35° 36° 37° 38° 39° 40° 41° 42°
32° 33° 34° 35° 36° 37° 38° 39° 40° 41° 42° 43°
33° 34° 35° 36° 37° 38° 39° 40° 41° 42° 43° 44°
34° 35° 36° 37° 38° 39° 40° 41° 42° 43° 44° 45°
35° 36° 37° 38° 39° 40° 41° 42° 43° 44° 45° 46°
36° 37° 38° 39° 40° 41° 42° 43° 44° 45° 46° 47°
37° 38° 39° 40° 41° 42° 43° 44° 45° 46° 47° 48°
38° 39° 40° 41° 42° 43° 44° 45° 46° 47° 48° 49°
39° 40° 41° 42° 43° 44° 45° 46° 47° 48° 49° 50°

1) Pour les tout petits : En reliant ces chiffres dans un certain ordre, tu verras apparaître un beau soleil, une niche et peut-être même un chien (si tu es sage).

2) Pour les ados : Choisissez un nombre dans une rangée horizontale. Additionnez-le à un nombre dans une rangée verticale. Multipliez le résultat par un nombre dans une rangée oblique. Divisez ce nouveau résultat par un nombre entre 25 et 50. Recommencez jusqu'à ce que vous obteniez 83, 678571429.

3) Pour les papas :
Fixez un point précis de la grille des chiffres comme si vous lisiez votre dernier relevé de compte et qu'un débit vous paraissait injustifié. Au bout de quelques secondes/minutes/heures (cela dépend de la vivacité du sujet), vous verrez apparaître une vahiné en 3 D avec deux seins coco-mangue.

4) Pour les mamans : Découpez la grille. Pliez-la en diagonale. Repliez-la de façon à obtenir un chapeau. Retournez-le. Collez l'angle ouvert. Vous devez obtenir un triangle dont deux côtés sont ouverts. Ouvrez le troisième côté en épargnant les angles (procédez avec une lame de rasoir bic jetable ou un ongle américain). Vous obtenez un mini maillot de bain préchauffé entre 25 et 50° selon la précision des plis.

Théo

11.08.2009

La mondialisation

- Tu as encore oublié de me réveiller ce matin ! dit Pauline.
- J'aime tant te regarder dormir, dit le réveil.

- Pourquoi me réveilles-tu un dimanche ? dit Pauline.
- Tu ne vas pas à la messe ? dit le réveil.

- Il est 4h du matin, es-tu devenu fou ? dit Pauline.
- Programme test intégré, dit le réveil.

- Pour l'amour du ciel, arrête de sonner ! dit Pauline.
- J'ai eu peur que tu sois devenue sourde, dit le réveil.

- Pourquoi me persécutes-tu ? dit Pauline.
- Je veux rentrer dans mon pays, dit le réveil.

Théo

06.08.2009

La fumée

J'ai une drôle d'histoire à vous raconter. Il y avait de la fumée dans le ciel, ce matin-là, et je savais pas d'où ça venait. L'air sentait le pollué, mais pas plus que d'habitude. C'était une petite fumée blanchâtre pour indien de B.D. qui annonce à sa copine « ne m'attends pas ce soir,  il y a Custer à la télé ». Du cousu main dans le décor. Seulement, moi, je l'ai vue. La fumée se diluait dans l'espace gris bleu en s'échappant de nulle part. Comme un arc-en-ciel, les couleurs en moins. Elle m'a trottiné dans la tête un bon moment. Je pensais pas à grand-chose, c'est sans doute pour ça qu'elle prenait ses aises dans mon paysage intérieur. J'ai pris un petit café accolé à mon comptoir habituel, et je l'ai vue, sans mentir, en surimpression sur la vapeur du jus recroquevillé dans la tasse. Pour l'anecdote, et tant pis si vous les aimez pas, j'avais rendez-vous avec un type qui me devait de quoi me loger une nuit dans un deux étoiles. J'étais sûr qu'il serait pas de parole. Des étoiles, j'en vois tous les soirs dans la couette des nuages. Bon. J'ai fait semblant de l'attendre et de rouspéter contre le monde entier, histoire d'entendre Rosae, la patronne, dire en récupérant ma tasse : « Allez, c'est moi qui offre, aujourd'hui ».

En sortant je me suis retourné machinalement pour vérifier si la fumée était bien là, comme un petit caniche qui suit son maître sur le crottoir. Je la situai plus bien, à vrai dire. Et puis je l'ai retrouvée sur le dix ou onzième coup de midi. Elle commençait à pâlir à cause du soleil qui m'en donnait plein la vue. Mais tout de même, elle a eu le temps, avant de disparaître, de me jouer un sacré tour. Elle s'était enroulée autour d'une image trop imprécise pour que j'y mette des mots. Je sentais une lourdeur d'esprit, l'envie de me gratter la tête sans vraie démangeaison. Attendons, me suis-je dit. Marchons en direction du parc de la butte. Ça se fera savoir ou bien ça s'en ira. Moi, l'un ou l'autre me va très bien. Et puis cette sacrée garce de fumée s'est envolée comme une petite culotte primesautière qui va jouer ailleurs. Je me suis pris de plein fouet la vision, et c'est là que tout a basculé.

J'ouvre une parenthèse. J'oblige personne à me croire, et encore moins à faire l'effort de comprendre. Je trouverais même incongru qu'on s'intéresse de trop près aux élucubrations d'un inconnu. J'ai quarante ans, vous savez. Ni idée ni travail ni domicile fixes. Rien qui attache au fond de la casserole. J'en tire pas vanité, c'est un choix de vie. J'ai quand même un but, j'avais, pardon, un but dans la vie, la finir le plus tard possible, par fainéantise. Je suis une vieille locomotive qui se donne l'illusion de traverser quelque chose. Prenez ou prenez pas le train en marche, montez, descendez, riez, criez, c'est égal à mes yeux ! Comment croire à l'existence des autres quand on croit si peu à soi ! La seule personne qui avait commencé à m'expliquer que j'étais pas seul au monde est morte navrée de pas avoir eu le temps de s'en convaincre. J'ai oublié la forme douce ou acariâtre de son visage, seule demeure dans mon crâne l'image d'un tablier rouge à pois noirs comme des pupilles dépourvues de regard. Déjà le néant au fond des yeux. Il paraît que c'était ma mère qui le portait à mes 3 ans. Je me suis retrouvé pupille de la nation. C'est la vie. Mais la vie, vous pouvez me dire à quoi elle sert, hein ? Je ferme la parenthèse dans votre silence édifiant.

A la place de la fumée, il y avait un visage de femme. Le pire, c'est que je l'avais jamais vu nulle part. Physionomiste, par tempérament de la mémoire, je suis capable de retrouver au claquement des doigts près les circonstances exactes - lieu, heure, état du ciel, humeur - dans lesquels j'ai rencontré la personne dont le visage croise deux fois mon regard à dix ans d'intervalle. Or ce visage, je l'avais vu nulle part. J'étais même certain qu'il résultait pas du télescopage de plusieurs traits emberlificotés. Je vieillis, à une époque j'aurais dit kaléidoscope, point barre. Ce qui m'étonnait surtout, c'était la précision de l'image. Tant de netteté pour un type aussi flou que moi, c'était forcément louche. Mais d'où diable venait cette face ? Consultant de mon univers imaginaire, j'ai pas été long à pondre une théorie. La fumée l'avait pas révélée, elle l'avait concoctée dans son cocon. Elle avait pris son temps, elle était restée en moi toute la matinée. Jusque-là, avec les femmes, c'était fort simple. Je vous raconte ? Chiche, je vous raconte !

Quand j'avais envie d'un pied, six pouces de bonheur, je choisissais avec soin une silhouette dans la rue, il fallait qu'elle me parle, m'appelle, me séduise, vous comprenez. Après, je partais en quête de jambes, de mains, d'une nuque, d'un dos, je focalisais sur les modulations des hanches, la cadence du fessier, la gestuelle des bras, l'ampleur des seins, bref, tout ce qui est capable de m'émoustiller. Par touches successives, je recomposais pareillement un visage et une coiffure avant de capter la voix. « Vous avez l'heure s'il vous plaît ? » « La rue Saint-Frusquin, c'est encore loin ? » « Vous auriez vu un petit garçon de trois ans en costume rayé bleu-blanc-rouge ? » Une fois mémorisées les pièces éparses de la déesse du jour, j'allais m'enfermer dans la machine à fantasmes avec la première laborieuse qui voulait bien se contenter de mes petites économies de la semaine. Sexy, glaciale, mariée avec sa trousse de maquillage, quelle importance ! j'apportais mon manger sans plus besoin de faire dans la dentelle.

Alors pourquoi, tout d'un coup, ce visage présenté sur un plateau façon Marie-Antoinette ? J'en avais que faire. Je me suis enfilé à pied la rue Vaugirard pour tenter de la semer. J'ai pris le métro en changeant de lignes à toutes les correspondances. J'ai fait le grand détour par chez Vivie, qui loge en ce moment avec un copain barbu sous le pont de Champigny. Dans le quartier, on le surnomme le sage. Je suis pas resté longtemps. Il était en plein delirium. En m'endormant le soir, à l'arrière d'une voiture, la dernière chose que j'ai vue... je vous fais pas le dessin.

Le lendemain, parole, j'y pensais plus. Et d'un coup la revoilà dans ma ligne de mire mentale au moment où je disais à un étudiant argentin que j'étais aussi fauché que lui. Elle était encore plus nette que la veille. Ce qui me frappait, c'était l'intensité du regard. J'avais la sensation qu'elle lisait droit dans mes pensées intimes et qu'elle s'amusait à les embrouiller. Je me suis demandé si j'étais pas devenu fou, et le fait de me poser la question m'a rassuré un peu. La vie m'avait peut-être inscrit en stage de déconnexion lente. Une idée m'a pris la partie de la tête encore disponible. Pendant toute la journée, j'ai arpenté les quartiers que j'avais fréquentés ces derniers mois, pour remettre le visage à sa bonne place. Eh oui, j'avais fini par me dire que ma mémoire avait enregistré ces traits lors d'un croisement du hasard auquel j'avais pas cru prêter attention. Bredouille comme andouille ! Au début de la soirée, j'arrivais toujours pas à voir ce foutu visage ailleurs que dans ma tête.

« Et si tu lui donnais un nom à ta belle ? » m'a suggéré Tripette. J'avais été la voir, parce qu'elle navigue dans un de mes quartiers de prédilection. Pour faire d'une pierre deux couilles aussi, sachant bien que Tripette, elle est fort décapante sur le sujet de la quéquette. Elle a pas sa pareille, quand je la compare vite fait bien fait. Bon. Quand on a eu fini notre affaire et rajusté chacun son fourbi au bon endroit, comme si tout était à refaire mais que, maintenant, c'était le temps qui nous pressait, je lui ai dit que j'étais pas venu que pour son beau visage à elle. « Mais quel nom veux-tu que je lui donne ? »
- Ça, je sais pas. Je connais pas sa tronche à ta gamine.
- C'est pas une gamine, c'est une femme.
- Tu pourrais m'en sortir une photocopie, Nono ?
- C'est malin ! Mais tu as raison, si je dois la garder un bout de temps, autant lui trouver un petit nom sympa. Peut-être bien qu'elle me répondra quand je l'appellerai.
- Si jamais c'est la cas, me dit Tripette, un peu inquiète, va te faire voir.
- Chez les Grecs ou à l'hosto ? T'en fais pas pour moi, elle est pas née celle qui m'enlèvera ma liberté.
Là, je m'avançais un peu.
- Dis donc, dans ton obsession...
- C'est pas une obsession, c'est une prise de tête, une squattérisation sans permis de séjour.
- Tu m'ôteras pas de l'idée qu'elle est pas venue là toute seule.  Ou tu te l'es fourrée, mon pauvre ami, et ça relève des compétences d'un psy, ou t'es envoûté, et dans ce cas-là vise le spi...
-  :-(
- A ton avis, ton visage de femme, il te veux du bien ou du mal ?
- Je sais pas ce qu'il me veut. Mais si jamais cette femme existe, je la prie à la minute d'aller se faire voir chez Malkovich.

En me couchant ce soir-là j'ai dit bonsoir à Coralie, et puis comme j'ai trouvé que c'était trop con Coralie, j'ai dit bonsoir à Annabelle. Et je crois bien que, Annabelle, c'est elle qui me l'a soufflé. Vous en pensez quoi, vous ?

Une semaine plus tard, pour présenter les choses en raccourci, Annabelle et moi sommes allés à la mer. C'était son idée à elle. Le salé, le mousseux, le collant lui manquaient.  Elle était heureuse comme une gosse. Si elle avait pu, elle se serait risquée à sortir de son trou pour aller rouler dans l'eau. Non, j'étais pas plus déréglé que la semaine d'avant. J'avais simplement appris, un peu, à la connaître. Je savais qu'elle vivait à travers moi quelque chose de très intense dont je voulais pas la priver. Pour ma part, cette histoire me laissait à présent en paix. Je vivais ma vie, et de temps en temps je m'intéressais au cas Annabelle. Elle me dérangeait pas. Un jour, pendant deux ou trois heures, elle a disparu. Je m'en suis aperçu tout de suite. Au bout de quelques minutes, j'étais malheureux comme un rat délicat. J'ai eu peur de l'avoir blessée par mégarde, qu'elle se soit ennuyée à force de faire le tour du vélodrome, devant les gradins si peu fréquentés de mes pensées personnelles. Peut-être qu'elle croyait plus en moi. Je sentais un grand vide, j'avais envie de me plonger la bouille dans une baignoire pleine d'eau-de-vie. Et puis elle est revenue... avec une cigarette au bec. Une petite fumée blanche persistante m'embrumait un peu les idées. Mes pensées sentaient l'odeur du tabac tantôt chaud, tantôt froid. On s'y habitue. Une chose a changé avec le temps. Lorsque j'allais voir des femmes, je cherchais toujours celle qui allait me prêter sa silhouette, celle qui me donnerait sa voix, etc., mais j'avais plus besoin d'un visage. Annabelle y pourvoyait. Je me suis découvert sentimental. Je supportais difficilement de pas connaître le reste de son corps. J'aurais aimé la voir tout entière en face de moi. Je lui disais chaque soir avant de m'endormir. Elle écoutait de ses grands yeux profonds, mais disait rien. Elle a jamais rien dit. Ses yeux me parlaient. Sauf sur ce point. Ils restaient mystérieux. C'était ni oui ni non et à la fois oui et non. Je rêvais jamais d'elle. Jamais.

Bon. Un jour son regard m'a dit « emmène-moi chez Nicolas Henri Racine de Monville ». OK ! Je me suis renseigné. C'est un grand parc qu'on surnomme le désert de Retz. Mesdames, Messieurs, c'est en ce lieu cher aux surréalistes, à Colette et à d'autres (je suis pas conférencier, eh !) qu'Annabelle a pour la deuxième fois pris la fumée d'escampette. J'ai pensé qu'elle était partie renouveler son stock de cigarettes. A l'heure de la fermeture, elle était pas revenue. Ça m'a pas troublé. Je savais qu'elle saurait me retrouver où que je sois. Le surlendemain je suis retourné voir Tripette, seule dans le parfum secret.

- Je suis malade, Tripette. A crever.
- Pas besoin de me le dire, mon grand. T'as perdu la face.
- Bien plus ! Ma vie ! mon corps ! Ça fait deux jours qu'elle a disparu dans le désert.
- Tu lui as trouvé un nom au moins, pour lui courir après ?
- Annabelle.
- hen....
- quoi hein ?
- Banale.
- Tu trouves ?
- Ben oui. Dans l'autre sens ça fait qu'Ellébannal l'Annabelle.
- Plaisante pas avec elle, Tripette.
- Eh bien retourne dans ton désert, alors.
- Tu crois ?
- Sûr, que je crois, Nono ! Quand on a ces histoires en tête, il faut remuer sable et ciel.
- Tripette, un jour, la vie te donnera ce que tu mériterais qu'elle t'ait déjà apporté et que des salauds t'ont sûrement pris.
- La vie m'a déjà tout donné, mon grand.
- Quoi ? Toi, tu attends plus rien de la vie ?
- J'ai pas dit ça. Mais ce que j'attends, ça se passe ailleurs.

Je suis parti, sans prêter plus d'attention aux dernières paroles de Tripette, comme vous, et je le regretterai toute ma vie, parce que, quand Jean-Paul m'a appris qu'on l'avait repêchée avec un couteau dans le plexus solaire, à moi aussi ça a filé un coup. C'était pas une sainte Tripette, c'était au-delà de ça. Une surdouée des rapports humains. Elle vivait à la cloche, mais sa cloche à elle, elle sonnait dans un royaume céleste. Amène qu'elle était. Bon.

Dès le lendemain, je suis retourné dans le désert de Retz. Il y avait pas un chat. Ou plutôt il y avait que des chats. Des roux, des noirs, des mistigris. Mon Annabelle transformée en féline ? J'ai louvoyé pendant des heures sous le soleil, entre pavillon chinois, pyramide-glacière, temple du dieu Pan, vieille ruine gothique, tour tronquée et autre confusion spatio-temporelle, puis je me suis adossé au vieux tilleul qui marcotte comme un dément depuis plus de cinq cents ans, près d'un théâtre découvert. J'en ai profité pour avaler la tranche de melon confit qui traînait dans ma poche. Le malheur, quand il est brûlant, me donne faim. Après, je me suis endormi, et c'est bien la première fois que j'ai rêvé d'elle. La tête d'Annabelle était posée au beau milieu d'une table en marbre blanc. Elle s'est mise à toupiller en ronronnant, de plus en plus vite. J'avais peur qu'elle tombe par terre et explose en apothéose de melon gavé de soleil. Je voulais m'approcher pour la bloquer entre mes mains, mais j'étais incapable de bouger. Je voyais plus que les yeux. Le regard brun formait un halo autour de la sphère comme un train flou qui se mord le wagon de queue. Le bruit m'assourdissait.

- Pardon de vous avoir réveillé.
La femme qui me dévisageait serrait contre elle un cahier à dessin et avait pour elle une beauté étourdissante. Moi, je devais avoir l'air hagard, car elle a répété, sur un ton un peu moqueur, cette fois :
- Pardon de t'avoir réveillé.
- Vous m'avez pas réveillé. Je dors profondément, et je suis en train de rêver qu'une femme nommée Annabelle vient de sortir de ma tête. Pour toujours.
- Pour toujours ? Tu es drôle.
- Sûrement. En tout cas, vous lui ressemblez pas.
- Je m'appelle Anna.
- Pure coïncidence, ma belle !
Une feuille a glissé de l'intérieur de son album, et avant qu'elle la ramasse, j'ai eu le temps d'apercevoir une silhouette au fusain qui m'a rappelé un homme endormi au pied d'un vieux tilleul.
- Ferme les yeux.

Qu'auriez-vous fait à ma place ? J'ai obéi. Quand je me suis réveillé à nouveau, ou que je me suis rendormi définitivement, allez savoir ? le vent balayait un paquet de feuilles mortes vers mon visage. J'ai regardé l'heure à ma montre. Les aiguilles avaient disparu. Je me suis dirigé vers la sortie au moment où un gardien en survêtement fermait les grilles. Je l'ai appelée, elle. Le gardien a pas bronché, comme si c'était la chose la plus naturelle du monde, ici, de tenter d'accrocher des prénoms de femmes à la cime des arbres. J'ai eu envie de casser la figure à tous les gardiens de grille du monde, sans trop savoir pourquoi. Avant que j'aie pu saisir l'archétype au collet, il s'est envolé. Je me suis retrouvé seul, prisonnier dans le désert de Retz. Avec la drôle de certitude de n'être que le fantasme d'une femme...

Théo

 

05.08.2009

Il était une fois

... un géant si grand
qu'il montait sur une échelle
pour se gratter la tête

... un nain si petit
qu'il prenait une loupe
pour se voir en vie

... un sumo si gros
qu'il roulait dans un tapis
pour aller faire pipi

... un poète silex
qu'il cognait les mots
pour trois étincelles

Théo

Toutes les notes