30.04.2009

Retrouvailles 2

cayou.jpg

26.04.2009

Je te regardais

Je te regardais partir
dans la couleur vieux rose
du débardeur que tu avais ramassé
sur un sol abandonné
aux démons de la solitude

tu te sauvais toujours
quand ma voix te rappelait à moi
par un ton qui raillait
l'impossible timbre de te plaire

la vie me crachait au visage
son haleine barbital
je me croyais envoûté je n'étais que bossu
dont la peine déforme
ses rengaines d'amour

au retour d'une vague soirée
un vent de panique a soufflé
les portes en claquant nous ont emmurés
bouche contre bouche
j'ai juré de ne pas me haïr

sous le coussin
tes mots étouffés
tu riais trop fort ont écrit les journaux
qui aiment les titres endeuillés

Théo

22.04.2009

Retrouvailles 1

retrouvailles.jpg
(cliquer sur la photo pour l'agrandir)

20.04.2009

Ma note n° 69

Colette Calascione.jpg

Image Colette Calascione

17.04.2009

Loulappe

Jean-PierreCeytaire.jpgMes grands-parents avaient une maison dans un petit village de la Beauce où, gamins, nous allions passer nos vacances. La salle de bain ne possédait ni baignoire ni douche. Nous nous lavions dans une grande bassine en métal.

Le portail vert s'ouvrait sur un jardin immense dans mon regard d'enfant. Le coin potager était l'occasion d'aller cueillir le persil ou la ciboulette pour l'omelette du soir. Des fleurs, je n'ai retenu que la diversité et la beauté des dahlias. Le coin aux fraises, dans le soleil, embaumait le mur de briques qui limitait les ambitions du jardin. Je me souviens aussi du cerisier. Ses fruits rouges, presque noirs, ravissaient le palais d'un goût à jamais perdu.

J'ai de très beaux souvenirs de la tombée de la nuit (je préférais son humidité tiède à la fraîcheur acide de la rosée du matin), des volets qu'on rabattait avec un bruit de planche contre la pierre, des cousins-cousines de passage (jours d'excitations maximum), du trèfle à quatre feuilles improbable et pourtant déniché dans l'odeur de l'herbe. De l'autre côté d'une clôture, des vaches broutaient sans fin la paix des lieux.

J'y suis retourné plus tard. La maison était vendue depuis longtemps. J'ai reconnu ses persiennes vertes, mais elle avait changé d'âme. Mon jardin était devenu si petit ! Je ne retournerai plus à Loulappe que dans mes souvenirs. Une bassine en métal, entraperçue dans le désordre d'une brocante, a fait resurgir cet éclat d'enfance oublié.

Mais une impression forte reste liée à ce lieu : je me réveille le matin, dans la petite chambre au plafond bas que je partageais avec ma sœur, le soleil traverse les volets à claire-voie — je suis heureux de vivre.

Théo (image Jean-Pierre Ceytaire)

 


 

16.04.2009

« Quiétude »

Sylvie Bousquet (blogeuse)

« Je décachète l'élégance en contre-jour »

 

Je trouve cettre phrase d'une rare... élégance. On peut la retrouver dans son contexte ici.

13.04.2009

L'homme des bois

arbre.JPG(photo Théo)

Dieu appela l'homme et lui dit : « Où es-tu ? » Il répondit : « J'ai entendu ta voix dans le jardin, et j'ai eu peur, parce que je suis nu, et je me suis caché. »

11.04.2009

La Tanit

J'ai lu des commentaires d'un rare mélange de cruauté et d'imbécillité sur le net à propos de la mort de Florent Lemaçon, otage sur la Tanit. Le rêve de cette famille, qui voulait s'offrir une véritable aventure (et qui dit aventure dit risques), comment ne pas le comprendre ? J'ai passé quelques heures à lire de bout en bout le blog écrit par Chloé (ici) sur leur histoire en train de se faire. Je ne cherchais pas à les comprendre, leurs raisons, leurs objectifs étaient tellement limpides ! Je voulais les connaître mieux à travers leurs mots, leurs images, leur voix.

Florent paye d'un prix maximum la part de rêve qu'il a eu le courage de prélever à l'existence formatée qu'on lui proposait. Chloé, sa femme, et lui savaient les risques qu'ils encouraient et faisaient encourir à Colin, leur enfant. Mais ils ont voulu donner corps à leurs rêves. On dira, on a déjà dit, que la suite leur a donné tort. Qu'ils ont été fous, irresponsables. Mais la folie, l'irresponsabilité n'est-elle pas de rester dans cette société quand on a des enfants, sachant l'avenir peu digne qu'elle leur propose ?

Qui ne risque rien n'a rien, et ce rien est plus que jamais terriblement vide de sens. Alors, oui, je rends hommage à cet homme qui a voulu tout ce dont il se désirait digne et capable d'avoir, bien qu'il en soit mort.

(Il faudra établir du reste les circonstances exactes de sa mort. Il est normal qu'un Etat vienne au secours de ses ressortissants, mais cela n'interdit pas qu'on s'interroge sur l'opportunité des moyens employés. A l'heure où j'écris cette note, aucune précision n'a été apportée.)

Accuse-t-on d'irresponsabilité les aventuriers de l'espace ? Pourtant certains en ont payé le prix fort. Dans tous les domaines de l'existence, les avancées se sont faites, et continuent de se faire au prix d'un risque élevé, lequel s'avère cyniquement calculé, caché ou sous-estimé au nom d'intérêts souvent inavoués car inavouables. Or ce risque concerne aujourd'hui des populations entières, à qui l'on ne donne même pas le choix de le prendre ou non en leur âme et conscience !

Pourquoi refuser à l'individu ce que l'on accepte pour le bien des individus ? L'hypocrisie n'est pas nouvelle. L'individu n'a de place dans la société, quelle qu'elle soit, qu'à condition de se soumettre docilement au service d'intérêts supérieurs qui ne recherchent, bien entendu, que l'intérêt de la collectivité. Si l'on recherchait véritablement l'intérêt collectif, cela se traduirait rapidement par moins de chômage, une plus juste répartition des richesses, une vie culturelle plus riche.

Florent et Chloé avaient calculé les risques de leur rêve, au point d'avoir décidé un temps de laisser Florent poursuivre seul, avec deux coéquipiers amis, le voyage jusqu'au Kenya, où les auraient rejoints la mère et l'enfant. Et puis finalement, la trop forte envie de vivre ensemble cette aventure a repris le dessus. Aux survivants, et à eux seuls, il appartiendra de se poser les questions rétrospectives, ô combien douloureuses. Je souhaite cependant à Chloé d'avoir la force d'assumer jusqu'au bout les choix qu'ils firent ensemble, la force de vivre avec Colin dans l'esprit de ce rêve de liberté qui leur était si cher.

Colin a perdu son père, mais il saura un jour qu'il voulait lui apprendre à vivre ses rêves au risque d'y perdre la vie plutôt qu'à vivre au risque de perdre ses rêves. C'est un cadeau aussi précieux que la vie.

Théo

 

09.04.2009

Nécrologie

C'est dans le gymnase de l'école Primaire des Tilleuls qu'il comprit qu'un destin hors du commun l'attendait. Le ballon au pied, il venait de laisser échapper le début de la victoire.

- Oh le con !

La honte de l'échec fit sortir prématurément du nid une vérité fragile. Ses camarades, son professeur, aucun de ceux qui le côtoyaient ne le comprenait. Il donnait sans cesse l'air d'avoir quelque chose de très important à faire ou à dire qu'on attendait toujours. Il finissait par agacer. Il lasserait bientôt. Le tir manqué, lors de ce match entre les CM1 et les CM2, tenait lieu d'avertissement. Mais ce jour-là, il réalisa, en regardant son pied droit fourré un peu trop vite dans la Nike gauche, que ce qui clochait chez lui n'avait rien à voir avec la gaucherie qui accompagnait ses gestes. Ce qui définissait les rapports du personnage avec le monde entier, à commencer par ses petits copains sans cœur et brutaux de la Primaire, c'était son état civil.

Quand on s'appelle Anselme Matado, c'est que le monde a besoin de vous mais qu'il ne le sait pas encore. Le monde, oui, pas le quartier - exit, donc, la boulangerie dont les parents comptaient lui transmettre l'entière responsabilité d'une mise en conformité aux nouvelles normes, dans quelques années. Exit aussi son désir secret de devenir champion olympique du saut en hauteur, vocation née dans les yeux si beaux, si verts, si hauts de sa prof de gym, surnommée dans toute l'école, et ça n'était un secret pour personne, Belles-fesses-que-voilà.

Quand on s'appelle Anselme Matado, c'est que le monde a besoin de vous pour lui peindre un autre visage. Il vient de vous le faire savoir par un tir raté qui vous tourne la tête vers un horizon dont la ligne s'esquisse subitement.

Les années suivantes furent celles du tout venant. Il passa plus de temps à imaginer la forme et la taille de son destin qu'à construire un socle de connaissances. Il avait dû se résoudre à écarter d'emblée certains métiers pourtant dignes d'une grande pointure, car il n'était pas né en Amérique du Sud ni dans une île des Caraïbes : « Le président, le général Anselme Matado arrive à cheval dans la capitale », titraient tous les journaux gouvernementaux. « Il descend en libérateur de son cheval, dont il flatte l'encolure au passage, avant de s'adresser au peuple avec cette faconde que tout le monde lui connaît. » Dans le neuf-trois, l'image et sa légende perdaient charme et crédibilité.

Il se voyait bien en premier homme sur la lune, mais la place était prise par Neil Armstrong depuis le 21 juillet 1969. Hélas ! il n'y pourrait rien changer, les faits sont têtus. Pourquoi pas le premier homme sur Vénus (d'autant que sa jeune libido commençait à percer) ? « Parce que je serais pas sûr de revenir. » Sans appel ! Son destin le voulait sur Terre. Il s'était vu un instant possesseur d'un empire de pâtisriz, croisement aléatoire de ses aliments préférés, mais une fois passée la forte émotion que tout génie éprouve au moment où apparaît l' « idée », il n'avait pas eu le cran de pousser l'aventure plus loin, même en rêve, car vouloir mettre un trait d'union sucré entre l'Italie et la Chine lui sembla trop foireux à la réflexion.

Quand on s'appelle Anselme Matado, on voit beaucoup plus loin que le bout du spaghetti. Il aimait la vitesse bouillonnante des moteurs de formule 1. Schumacher, excusez du peu, réussissait le double exploit de collectionner les titres de champion du monde et de le tenir allongé sur la moquette tachée, tout un dimanche après-midi, alors que les friandises du dehors languissaient à sa porte, qui avaient pour nom Léna, Julie, Cornélia, trois jeunes triplées du quartier, amoureuses du héros. Et puis il y avait eu cet accident d'Erton Sena qui avait mis brutalement un terme à la future carrière d'Anselme Matado. La rediffusion sur une chaîne de télévision d'une image de mort insérée par erreur dans une compilation comique l'avait congelé sur place. Mourir en héros, OUI, finir dans un bêtisier, NON.

« Tu devrais faire toréador, toi ! » lui avait lancé Sabrina, le jour où elle était arrivée au lycée avec un beau rouge à lèvres sur la bouche. Elle était sincère, il avait cru à une plaisanterie de mauvais goût. Elle avait dû rajouter pour qu'il comprenne le message qu'il serait certainement le roi dans l'arène, l'idée l'avait tenté, le temps d'un galop d'essai terminé en fiasco. Avouons-le à sa place, ce jeune garçon souffrait d'un sentiment complexe.

Quand on s'appelle Matado c'est comme si l'on se présentait devant un taureau dont la queue et les oreilles ont été pré-coupées. Derrière cette projection somme toute amusante, une vague notion de dés pipés le hantait, lui faisant perdre des moyens qu'il ne voulait pas galvauder. Il voulait conquérir une gloire par un acte pionnier et non la recevoir comme un dû.

A trop penser l'avenir, Anselme en oublia le temps qui filait droit comme un missile sur ses 20 ans. Il n'avait aucun diplôme en poche ni le goût de l'acharnement pédagogique. Ses parents, deux matous à demi flapis au fond de la souricière, tentèrent de l'attirer puis de le retenir au four. Il esquiva le piège grâce à une fournée de pains dans laquelle il avait remplacé la farine par du talc mâtiné d'un colorant. Ce fut sa passion contrariée pour la voiture de course qui le sauva sous une forme aussi inattendue qu'inespérée.

Son oncle, le frère aîné du père, dont la réputation de pince sans rire n'était peut-être pas encore parvenu à ses oreilles, lui dit un soir, la main sur l'épaule :
- Engage-toi donc dans la voirie, j'ai des amis à la mairie ! »
Le destin, enfin, venait de cogner...

A l'heure où l'on ouvre à peine des yeux englués dans le sommeil, où les radios déversent leur savant dosage d'histoires redites, d'interviews insipides et de banalités barbares, où l'arôme des cafés s'envole vers les toits sans rien laisser qu'un dégoût de soi dans la tasse, où les chairs jouent les cocottes sous la douche, où tous les « où » du monde balisent le vide de la journée qui s'annonce, lui, Anselme Matado, parcourait déjà les rues de son secteur au volant d'un véhicule ronflant. Sa benne à ordures avalait les sacs noirs, bleus, gris, jaunes et verts avec l'appétit féroce de qui s'impatiente sur les hors-d'œuvre.

[Ne pas oublier, ici, d'insérer la petite anecdote : il appelait ses camions (il conduisait tour à tour l'ancien et le nouveau) l'ébène et les-ben par référence aux collègues noirs et arabes qui complétaient l'équipe - un clin d'œil amical et non un trait raciste, grands dieux !! j'aimerais bien que tu ne me la fasses pas sauter, Jimmy.]

Lorsque l'engin était gorgé, il allait l'aligner gagnant devant la fosse où attendaient les grappins prêts à alimenter le four. Sitôt redescendu à terre, Anselme Matado se fondait à plaisir dans l'air gris qui repose des activités de premier plan. Il avait besoin de recharger ses batteries en mordant dans le sandwich thon-salade-tomate-mayonnaise que lui préparait jour après jour... Sabrina (eh oui !) depuis qu'ils avaient réuni leurs deux salaires en un loyer avec angle de vue sur les proches fumées de l'usine d'incinération. Rassasié, il retrouvait Sabri, dont le mi-temps à la rédaction du journal local favorisait un rapprochement intime sur le coup de midi.

- Faites des enfants, mes enfants ! martelait l'une des mères.
Ils renâclaient.
- On n'a qu'une jeunesse, Mari-Jo. On ne va pas la bousiller si vite !

Et le destin dans tout ça ? Il vient. Patience. Prescience ou vraie science, je peux jurer qu'Anselme Matado savait exactement ce qu'il allait accomplir depuis la minute où il gravit pour la première fois les deux marches de sa benne.

Il y parvint trois ans et trois mois plus tard. Cette nuit-là, il avait refermé doucement la porte pour ne pas empiéter sur les rêves de Sabrina et s'était rué dans l'escalier quatre bonnes heures plus tôt que d'habitude. La nuit pesait encore lourdement sur la ville. Les bruits de ses pas lui remontaient dans les jambes. Il fut vite rendu au dépôt et glissa son ombre invisible dans le parc à bennes où ne tardèrent pas à le rejoindre les autres équipes. Peu avaient pris le temps de se raser. Sans un mot, comme il se doit d'un complot bien préparé, ils sortirent de l'enceinte communale en une longue file mécanique quelque peu effrayante et quittèrent la ville après avoir fait le plein d'ordures.

Départementale après départementale, la colonne progressait et grossissait à mesure que d'autres engins sombres venaient ajouter leurs phares à la procession sans en brouiller l'ordre ni la solennité. Anselme Matado à leur tête, ils roulèrent à plus de trois cents sur près de 100 kilomètres aller-retour à moins de 60 à l'heure. Arrivés au but de l'escapade, ils déversèrent les sacs bleus, noirs, verts, jaunes et gris sur une large étendue de terrain en jachère. Comptant sur les mulots et autres bêtes motivées de la terre pour éventrer les plastiques, ils repartirent, cette fois en bandes dispersées, vers leurs quartiers respectifs. Tous furent ponctuels à l'heure coutumière où démarrait la journée.

Le surlendemain, la presse régionale leur accorda sa une : « Une décharge jaillie de nulle part - des témoins auraient aperçu un mystérieux engin dans le ciel ! »

Un homme sans destin, Anselme Matado ? En dehors de Sabrina, mise dans une confidence qui ne franchit jamais le dessin gourmand de ses lèvres, personne n'a jamais su ce qui avait bien pu se passer dans la tête de ces quelques centaines d'employés de la voirie. Car l'enquête, bien entendu, remonta jusqu'à eux. Aucun ne fut licencié, les syndicats tinrent bon. Tous reprirent leur vie d'avant comme si de rien n'était. Sans le savoir, sans le vouloir, Anselme Matado venait de donner le coup d'envoi à ce que l'on appelle aujourd'hui le « Night Art », qui fait tant couler d'encre et courir la police. (Certain thésard y voit pour sa part la naissance du combat écologique.) N'ayant jamais pu se vanter de cet acte fondateur, il a vécu toute sa vie dans la fierté de l'anonymat.

Anselme Matado vient de nous quitter. Je me sens délivrée de la rigueur du secret. Le monde tardera sans doute à lui rendre justice. Qu'importe !

« Donnez-moi vos ordures, j'en ferai de la poésie », aimait-il à dire. Puisse la terre entière suivre son exemple.

Sabrina Matado, rédactrice à La Lorgnette.

Théo

 

 

05.04.2009

La disparue

Où est sa mémoire ?
elle ne sait plus qui elle est
qui elle aime

elle s'est perdue de vue

son monde est une seconde
par-dessus les années
de son passé

perdu de vue

ses pensées brûlent
à la queue d'une comète
dans leur ciel

lui ne voit plus qu'elle

Théo

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