28.11.2009

Le Besson à remonter le temps

En juin 84, le Front national faisait 10% aux élections européennes. En décembre de la même année, SOS Racisme popularisait le badge "Touche pas à mon pote" et militait contre le délit de faciès. 25 ans plus tard, Eric Besson, membre du gouvernement, lance un vaste débat national sur le thème : "Touche pas à mon identité française". Le Pen aurait-il accédé au pouvoir ? J'ai dû rater une marche, non ?

Théo

Bonus :  ici

27.11.2009

Les mots - 5

de l'autobiographique ?
- qu'ils disent

entre m et t
le corps du mot est un cercle de feu
par où brûler le tremblé de tes aveux

ici si j'émettais un son
cela se sucerait
comme un bonbon

public aux formes imaginaires
je mendie ton départ
dans la main de ce gredin rien ne poindra

le sel de la mise à nu, pudique
retient l'eau de mes confessions

tendre l'ajout pour se faire pâtre ?
je retourne à mes moutons

- bah ! va ! qu'ils disent

Théo

26.11.2009

Les mots - 4

la page
est le cercueil froissé
des écritures pressées

sublime ta lenteur
sous l'élytre de l'escarbot

- qu'ils disent et redisent
sans risquer le ton

figée dans le blanc
commune marque déposée
ma plume est une épée

qui se refuse
à faire couler le sang

Théo

25.11.2009

Les mots - 3

ne noie pas dans ta louche
le mot qui fera souche

traite-le en intrus
il ne t'appartient plus
- qu'ils disent

à lui la quarantaine
du grain de beauté en plein désert
d'ailleurs la caravane opportuniste
viendra le désensabler

débrouille-toi avec ça
- qu'ils disent

c'est dit donc
je sablerai le champagne
avec le roi des impossibles

Théo

24.11.2009

Les mots - 2

sang chaud sang-froid les mots
qu'ils disent
ne sont jamais : tiède

amuse-gueule sans majuscules
nous reviendrons dans une heure

devant le miroir
je me sers un regard
l'ouistiti dans la glace
m'imite

un glaçon dans mon glass
sonne son glas

voilà du whisky qui
brûle la forge
écrit le singe*

* animal qui lit mal

as-tu fini ? qu'ils disent

Théo

23.11.2009

Les mots - 1

prends garde
où vont les mots - qu'ils disent
pas de Fleurs à Cimetière
tu vois ce qu'on veut dire ?

je prends, je pose, je colle
Eléphant sur Porcelaine

attends - qu'ils disent
Ailé Faon sur Porcelet
est déjà plus léger

je tâtonne, cherche
des accords improbables
en lieux disponibles

et place un mot à l'envers
comme une carte retournée
puis par-dessus Pardessus

c'est quoi par-dessous ? qu'ils disent
c'est Froid, je dis

Théo

21.11.2009

D'un blog à l'autre

J'aurai ta peau
et j'en ferai un sac
pour y cacher tes os

j'aurai tes os
et j'en ferai un bac
pour emporter tes cendres

j'aurai tes cendres
et j'en ferai un vrac
pour y enfouir ton âme

j'aurai ton âme
et j'en ferai un lac
pour y noyer mes larmes

Théo

En écho à : Tu veux ma peau

19.11.2009

Le vrai débat

Le Nouveau Petit Robert

« République : Forme de gouvernement où le pouvoir et la puissance ne sont pas détenus par un seul, et dans lequel la charge de chef de l'Etat n'est pas héréditaire. »

18.11.2009

Ombres portées

image001.jpg

Avec des détritus ramassés dans les rues de Londres, Tim Noble et Sue Webster sculptent des masses hétéroclites dont la forme projette des ombres réalistes.

Théo

13.11.2009

L'arbre qui cache la forêt

Lorsque Eric Raoult déclare que les lauréats du Prix Goncourt devraient être tenus à un droit de réserve, il ne s'en prend pas à Marie NDiaye.

En effet, il ne peut ignorer que les propos anti-Sarkozystes tenus par Marie NDiaye datent de plusieurs mois. Ils ont été énoncés à un moment où personne et certainement pas l'auteure ne pensait qu'elle allait remporter le Goncourt.

Eric Raoult vise donc les membres du jury du Goncourt, et ceux-ci l'ont bien compris, qui ont aussitôt réagi.

« C'est ridicule », déclare Bernard Pivot, « Il confond avec le prix Miss France », rétorque Patrick Rambaud.

Mais au-delà du jury du Goncourt, ce sont toutes les manifestations culturelles médiatiques dont la tête vient d'être mise à prix : César, Molière, Cannes, etc...

Membres de tout jury, Eric Raoult vous ordonne de vous autocensurer — au nom de l'identité française, sans doute. Quelle que soit la qualité de leurs œuvres, n'allez pas décerner un prix à des artistes suspectés d'être irrévérencieux à l'égard de p'tit Nicolas II.

Les propos de Raoult sont effectivement ridicules, mais s'il était ministre de la Culture et de la Pensée lénifiante, ils feraient peur.

Quant à Frédéric Mitterrand, le ministre de la Culture actuel, il a perdu une bonne occasion de se faire entendre. Très courageux, l'homme a préféré adopter un profil bas. Sans doute a-t-il enfin compris quelles sont les qualités d'un bon ministre selon Sarkozy.

France, tu es en train de perdre ton F.

Théo

12.11.2009

Mondialité

Edouard Glissant

« Je peux changer en échangeant avec l'autre sans pour autant me perdre ou me dénaturer »

11.11.2009

Avis aux cinéphiles

J'ai découvert il y a peu l'univers baroque du réalisateur Eugène Green, à travers deux de ses films : « Le Pont des Arts » et « Le Monde vivant ». Un régal. « La Religieuse portugaise » sort en salles aujourd'hui. J'irai le voir les yeux fermés.

Théo

08.11.2009

Monsieur Eric Besson

Je me demande si vous ne seriez pas mieux inspiré de nous recommander la lecture des Carnets du major Thompson, nous ririons tous ensemble à l'humour désuet de notre ancien compatriote Daninos - d'un rire à vous ressouder une nation dont les élus ne savent plus par quel bout se pendre les uns les autres.

Quand vous dites « débattons », n'est-ce pas une façon de nous donner « des bâtons » pour mieux nous policer, dans cette chasse à l'identité nationale, comme un Guignol sans cesse poursuivi par les gendarmes ? Ce n'est pas parce que vous êtes un Besson que nous sommes imbéciles, monsieur le ministre. Vos ficelles sont bien grosses.

Il serait temps d'en finir avec le mythe de l'identité française, qui n'est qu'un attrape-nigaud à l'usage des politiques en quête de voix. En dehors de ces calculs électoraux pervers, vouloir établir l'identité française est absurde et dangereux. C'est forcément enclencher un principe d'exclusion qui flatte certains électeurs dans le sens nauséabond du poil, au nom d'un idéal qui n'est qu'idéologique et ne correspond à rien dans les faits.

A elle seule, ma famille compte des ascendances créoles martiniquaises, espagnoles, étasuniennes, suisses et belges. Certains membres sont de souche, d'autres naturalisés, parfois possesseurs d'une double nationalité acquise par mariage ou naissance. La couleur de nos ancêtres forme dans les plis du vent un drapeau noir, blanc, rouge.

L'identité française est-elle composée de la somme de toutes ces parties ? Autant dire face à un tableau impressionniste qu'en mélangeant les couleurs qui la composent, on obtiendra une image idéale représentative du peuple français. Vous imaginez à quoi ressemblerait un Monet dont on aurait fondu les couleurs en une bouillie infâme ? La réponse est dans la question. Au contraire, la richesse du paysage impressionniste vient de la multiplication des touches individuelles qui se touchent et jouent dans la lumière et l'œil du spectateur un spectacle sans cesse différent.

La Vie est mouvement, la France n'y échappe pas, dans son histoire, sa géographie, sa culture, rien n'est jamais définitif et heureusement, parce que les sciences nous ont appris que tout ce qui se fige est déjà mort.

Puisque je parle d'histoire, pouvez-vous me dire quel passé commun ont un enfant des Antilles, un Rebeu, un Breton, un Corse ou un Parisien ? J'ai le sentiment que bien plus de choses les séparent qu'elles ne les rapprochent. Mais si hier les divise, aujourd'hui peut les réunir. Lisez ou relisez Edouard Glissant, monsieur le ministre.

Au lieu de nous chercher une identité commune artificielle sous prétexte que nous vivons sous le même régime et devons obéir aux mêmes lois, au lieu de vouloir nous faire rentrer dans le rang en nous faisant chanter qu'« un sang impur abreuve nos sillons », qui est selon vous « un cri de liberté », vous feriez mieux de mettre en valeur nos différences et d'œuvrer avec le gouvernement dont vous faites partie pour que des passerelles se construisent et s'empruntent de plus en plus, y compris et particulièrement quand il s'agit d'exilés afghans ou de tous ces réfugiés qui fuient la guerre, la misère et autre forme d'inhumanité.

Si vous ne le faites pas par idéalisme, faites-le par réalisme, car vous savez bien qu'à moyen terme la survie d'une Europe à la population vieillissante passera par le brassage des cultures et un accueil bien plus large et bienveillant fait aux immigrés.

Laissez tomber l'habit de la médiocrité, monsieur Eric Besson ; il vous prête une silhouette très peu dans l'esprit français.

Théo

30.10.2009

Amours délétères

pour nous baiser aux régionales
le sceptre a convoqué le spectre
de l'hydre entité nationale

Théo

25.10.2009

Copyleft

Je vous invite à lire un article en cliquant ici.

Puis à visionner gratuitement Sita sings the Blues, film d'animation de Nina Paley.

Théo

22.10.2009

100 % bio

1.jpg

17.10.2009

Hauteur de recherche

Un anonyme a atterri sur mon blog pour avoir tapé sur un moteur de recherche : « j'oblige ma femme à se montrer nue ». J'espère que sa femme n'a pas obtempéré - et au besoin je conseille à celle-ci de contacter au plus tôt la Fédération Nationale Solidarité Femmes. Je me demande aussi qu'est-ce qui, dans mes écrits, a bien pu orienter le moteur de recherche vers mon site, en écho à un tel incipit. je ne crois pas avoir jamais forcé aucune femme à vous appâter sur mon blog pour muliplier par mille ou dix mille le nombre de visiteurs.

Allez ! une petite image de consolation pour que cet anonyme ne reparte pas bredouille. Je me rappelle avoir effectivement obligé ma femme à pique-niquer nue.

Théo

 

edouard_manet.jpg

 

13.10.2009

Le rapport Xana'

Un brouhaha indescriptible gonfle le Hall de la Maison Cosmique.

« XANA' EST ATTENDUE  CARRE 118 K »

Aux prises avec mille marques de félicitation, la jeune femme s'échappe à travers la voie offerte et se retrouve, légère, à l'étage supérieur.
Le rapport qui lui vaut ces effusions relate sa récente mission en zone temporelle. Le Temps ! Notion providentielle pour les Immortels, en guerre constante avec leurs voisins, les Eternels. Ni gagnants ni perdants, des condamnés à la violence perpétuelle. Quand une idée nouvelle a secrètement germé dans la tête des stratèges Immortels...

Xana' suit le conduit-mouvant jusqu'au carré 118 K et retrouve sa bonne humeur en découvrant le nom holographié sur la plaque. La porte s'ouvre.

- Entre ma petite étoile ! Je ne veux pas être le dernier à te féliciter !
- Si toi aussi tu t'y mets, je ne donne pas cher de ma paix.

Anthoase, l'ami frondeur par excellence, marche à sa rencontre bras ouverts et mains gantées.

- As-tu aimé ton séjour chez les Tempos ? Dis-moi tout !
- Inoubliable !
- A l'image de ton rapport, alors ! Tu iras loin ma chère Xana', c'est un homme qui voit loin qui te l'affirme !
- J'ai l'impression qu'on découvre seulement que j'existe ! Et toi, que fais-tu ici ? A notre dernière rencontre, tu organisais un séminaire sur la dimension « X ».
- C'était barbant au possible ! Assieds-toi ! Tu as une mine de pêche réjouie. Ne ris pas ! Cette mission au soleil des Temporels a sublimé ton teint. Ta peau doit avoir un goût exquis.
- Le carré 118 K est-il une garçonnière ?
- Parlons labeur si tu y tiens!

Anthoase ouvre un dossier en évidence sur son bureau.

- Malgré tout les bruits qui courent, peu d'entre nous ont lu ton rapport. Moi-même je n'ai eu droit qu'à un résumé, plus quelques extraits. Passionnant et frustrant !.. J'ai dans les mains une communication ultra-confidentielle du Conseil des Hautes Sciences.

Il la tend à sa compagne qui lit à voix basse :

- « L'examen approfondi du Rapport Xana' permet d'affirmer qu'il est possible de créer du Temps dans nos laboratoires. » Ouaao! Quelle nouvelle !
- Grâce à toi nous détiendrons l'Arme absolue. Si les Eternels refusent de se soumettre, leur disparition n'est qu'une question... de Temps ! C'est beau, non ?
- Tu me déçois Anthoase, je t'aurais cru plus délicat !
- Pourquoi ?
- J'ai vécu cette mission comme une aventure passionnante, tu la ravales au niveau d'une entreprise d'extermination !

Anthoase vient à ses genoux lui caresser les mains.

- Pardonneras-tu au chat tigré le vilain coup de patte qui a jailli du jeu ?

Xana' sourit à ce rappel d'une lointaine connivence.

- Il m'arrive de parler pour le simple don du bruit. Je te vois si peu souvent, ma petite étoile, que, lorsque nous sommes ensemble, j'ai l'impression d'être en conversation avec mes souvenirs. En veux-tu à ce pauvre Anthoase ?
- J'ai quelque chose pour toi qui te prouvera que non.

Fouillant dans son sac, elle en ressort un ustensile rond sur deux pattes.

- Oh que c'est mignon ! Qu'est-ce que c'est ? Non, laisse-moi deviner ! Un robot antique ! Tu as pensé à ma collection ! A quelle tâche ingrate était-il destiné ? C'est un bib-hop ?
- Ne te fatigue pas, c'est un réveille-matin. De fabrication ancienne, certes, mais qui fonctionne à merveille. Les Tempos s'en servent pour mesurer le Temps. Tu remontes le mécanisme en tournant...
- Arrête ! Tu vas nous contaminer !

Sortant son flacon de poche, il en tire une pilule dorée qu'il avale aussitôt. Xana' l'observe d'un œil amusé.

- Pauvre Anthoase qui a peur d'un objet inoffensif ! Si le Temps se fabriquait ainsi, nos chercheurs se tourneraient les pouces. Je t'explique : quand la grande aiguille a fait le tour du cadran, par à-coups réguliers, la petite aiguille, beaucoup plus lente, s'est déplacée d'un chiffre sur sa droite. On dit qu'il s'est écoulé une heure.
-  Très drôle !
- Tu ne comprends rien. C'est l'essence d'une philosophie : un même Temps peut sembler long ou court suivant le degré de plaisir que tu prends à le vivre. La conscience du plaisir va de pair avec la sensation du Temps mouvant - la grande aiguille - et la conscience du déplaisir s'accompagne de la sensation du Temps inerte - la petite aiguille.

Anthoase éclate de rire :

- Mais ma chérie, nous connaissons tous cette association plaisir-mouvement !
- Tu ne changeras jamais !

Anthoase enferme le réveille-matin dans un tiroir de son bureau et s'assied, un sujet délicat sur les lèvres :

- Passons à des choses plus sérieuses. Je vais être franc avec toi Xana'..
- Sois-le sans être professoral.
- Nous souhaitons vivement que tu prolonges ta mission chez les Temporels. Bien entendu, tu n'es pas obligée d'accepter.
- Comme il vous plaira ! s'entend répondre la jeune femme. Elle sent tout à coup revenir la joie absente depuis son retour.
- Quand nous t'avons envoyée courir un lièvre, nous ignorions que tu nous en rapporterais deux.
- Et moi donc ! De quoi s'agit-il ?
- Des Temporels ! Ton rapport a révélé des choses troublantes. Voici quelques passages tirés du chapitre que tu consacres à l'influence du Temps sur leur mœurs.. Voyons..

Xana' sent son cœur battre une curieuse chamade.

- « Les Temporels ont le sentiment aigu du Temps qui passe. Une grande part de leurs actes irrationnels et dangereux s'explique par cette course désespérée “contre la montre”... Leurs gouvernants mènent une politique à court terme qui aggrave plus qu'elle ne résout les nombreux problèmes de leur fin de siècle... On recense une quarantaine de conflits armés... Leur Arme Absolue est la Bombe Atomique. Ils en possèdent assez pour ravager plusieurs fois la planète. Le compte à rebours a commencé. Mais ils se croient éternels, s'érigent des statues à leur image, prétendent occuper des fauteuils immortels, tentent de parler avec les morts... que ne sont-ils capables d'inventer pour tromper le Temps qui, à chaque seconde, les rapproche de la fin ! »

Anthoase sort un mouchoir citron pour s'essuyer les commissures des lèvres.

- Tes propres mots, Xana'.
- Je pense qu'on ne t'a pas transmis le développement que je fais sur leur créativité, leur générosité, leur poésie. Je te parlerai d'eux plus longuement. Ce rapport n'est qu'un Rapport Officiel.
- Et le seul qui compte ! Il n'y a rien à attendre d'une race assez folle pour s'autodétruire.
- OK! Empêchons-les d'en arriver là ! Je suis prête à repartir sur-le-champ.
- Xana', ma petite étoile filante, tu t'emballes encore ! Qu'ils fassent sauter leur planète nous arrangerait bien ! Mais qu'ils inventent les moyens d'envahir l'espace, et débarquent chez nous avant que nous sachions nous protéger du Temps, adieu l'Empire ! Adieu Xana' !
- Cesse de t'amuser avec mes nerfs. Qu'attend-on de moi ?
- Nos archives Intercosmiques contiennent une curieuse légende: un certain Prométhée aurait dérobé le feu aux dieux pour le donner aux Temporels. Nous, nous allons leur dérober le Temps.

Xana' se dresse, guerrière au milieu de la pièce.

- Mais c'est l'air qu'ils respirent !
- Ce sera eux ou nous, Xana'. Leur race est de toute façon condamnée. Un peu plus tôt, un peu plus tard..
- Tes nouvelles fréquentations ne te réussissent pas !
- Nous ne les ferons pas souffrir. Nous allons juste accélérer leur Temps de sorte qu'ils quittent pratiquement le berceau pour la tombe. L'astuce est qu'ils ne s'en rendront pas compte. Le processus sera déclenché à la première de seconde de ce « nouveau siècle » dont ils ont l'air de se faire tout un plat. L'affaire sera définitivement classée en deux ou trois générations !

Xana' doit se rasseoir.

- Tu te demandes comment c'est possible ? Un jeu d'enfant ! On accélère graduellement la vitesse de rotation de leur planète tout en contrôlant les forces de leur univers. Les minutes deviennent des secondes et les heures des minutes. Nous influerons également sur leurs instruments de mesure du Temps pour que ceux-ci restent en accord avec les cadrans solaires. Puisqu'ils vieillissent avec la sensation que le Temps passe de plus en plus vite (c'est dans ton rapport), notre intervention n'aura rien d'exceptionnel, et ils finiront d'une belle vie : ton rapport ne révèle-t-il pas..
- Oh! ce foutu rapport ! Je voudrais ne l'avoir jamais écrit !
-..que la plupart d'entre eux n'ont qu'un seul désir, réduire leur temps de travail ?
- C'est encore plus ignoble que de les attaquer à visage découvert ! Ils n'auront aucune chance de se défendre ni de savoir pourquoi ils meurent. Je refuse de participer à cette machination, et d'ailleurs je vais faire appel au Tribunal Interplanétaire.

Anthoase tombe des nues. Il croyait avoir été brillant, mais le visage blême de sa camarade en dit plus long que sa rhétorique. De toute évidence elle a été contaminée lors de sa mission. Comme il se tait, elle comprend son silence et ferme les yeux. Des images, des sons, des couleurs temporelles lui viennent à l'esprit. Et puis des visages muets, comme implorant. Est-elle contaminée ? La réponse ne l'intéresse pas. Elle se vit avec une intensité inhabituelle qui lui fait rouvrir les yeux, déterminée. Anthoase s'est approché d'elle. Il lui parle d'une voix douce :

- Xana', tu m'entends ? Je vais t'accompagner au Réceptacle des Urgences. Il est possible que tu aies été..
- Non, je ne suis pas contaminée ! Je n'ai négligé aucune précaution. J'ai eu un étourdissement, mais je me sens mieux maintenant. Après tout ce ne sont que des Temporels.
- Tu m'as fait peur !
- En quoi consistera ma mission ?
- Il serait préférable d'en reparler la prochaine fois.
- Ne t'inquiète pas, je vais me porter volontaire pour subir l'examen de conscience. On peut avoir pitié des Temporels sans trahir les Immortels. Je t'écoute.
- Eh bien, dès que l'opération aura débuté nous aurons besoin de suivre de près l'évolution de leur comportement pour savoir si nous devons accélérer ou ralentir le processus. Il nous faut quelqu'un sur place. Tu étais..tu es toute désignée pour ce rôle, étant donné tes connaissances du milieu.
- Je vous communiquerai régulièrement le fruit de mes observations.

Anthoase cherche à lire la pensée derrière les mots.

- Tes comptes rendus seront passés au détecteur car tu cours en permanence le risque d'être contaminée.
- Je n'ai aucune intention de vous abreuver de mensonges. Mais je ne te cache pas que je pars pour tenter de les sauver. Nous avons des pouvoirs qui s'avéreront peut-être efficaces pour leur faire entendre raison.
- Je doute que nos pouvoirs aient un quelconque effet sur leur obstination.
- Et si le changement venait à l'initiative de l'un d'entre eux ?
- Dans ce cas nous reconsidérerions la question. Mais c'est peu probable.

***

Au bord du champ gelé, une carcasse de voiture abrite une histoire d'amour vieille comme le monde. Le clocher d'un village lance le premier des douze coups qui feront basculer l'humanité dans un nouveau millénaire. Les coups, repris de villages en villages, décorneraient les diables en mal d'apocalypse.

Xana' s'étire. On entre dans le monde des Temporels au sortir d'un sommeil programmé. Engourdie, elle s'attarde de tout son long sur la terre blanchie pour en sentir la brûlure salutaire. La sensation imprécise se fond dans une impression familière. C'est comme si elle sortait de cette terre glacée à laquelle elle s'accroche.

Le silence soudain des derniers clochers lui rappelle qu'après un tel voyage, il lui faut absorber une forte dose d'immortalité car le Temps joue immédiatement contre elle. Elle a peur de ne pas réussir, peur du « trop tard ». Elle se lève, flageolante, frissonnante, croyant reconnaître les premiers symptômes du processus de mortalisation. Elle fouille dans une poche invisible, ses doigts se contractent au contact du verre. La fiole, pleine de petites pilules au goût amer d'immortalité, absorbe la clarté lunaire des Temporels.

Xana' marche vers la route. Le flacon est un poids mort dans sa main. Au moment où la voiture s'arrête pour la laisser passer, c'est tout juste si elle remarque que l'objet glisse entre ses doigts.

Théo

11.10.2009

Les hommes

les hommes meurent de boue
la conscience en jeu de quilles
la tête lourde et sinistre
de qui rejette en ministre
les vieux rêves de terre glaise

les hommes meurent beaucoup
dans les miroirs désavoués
des mensonges émiettés
où naît reflets fuyants
leur cruelle vérité

les hommes meurent voyous
dans les demeures veuves
et leur âme égarée
rejoint des ans parée
les senteurs d'un herbier

Théo

10.10.2009

D@ns le texte

Véronique Ovaldé

« C'est difficile d'écrire une scène érotique, c'est un exercice de corde raide. »

08.10.2009

Cul de sac

 

cul1.jpg

Gabrielle S.

06.10.2009

Clics ou troubles

Si vous pensez « après moi le déluge », ce lien n'est pas pour vous :

Cliquez dans la nouvelle fenêtre sur Download the Song

Il s'agit d'une « pétition-musicale » à l'initiative de Kofi Annan, ancien secrétaire général des Nations Unies, à l'intention des futurs participants au sommet de Copenhague, censés prendre des décisions efficaces pour lutter contre le réchauffement climatique. Vous téléchargez gratuitement le fichier musical qui vous est proposé et votre « clic » constitue une signature numérique qui s'ajoute à toutes les autres

Théo

05.10.2009

V'ivre

Claude Lanzmann

« Je ne sais pas ce que c'est que la vieillesse. C'est d'abord ma jeunesse qui est garante de celle du monde. »

 

04.10.2009

Profanation

Pluie bleue rêves en feu
Je la surprends qui glisse son ombre sous mes pas

Je me sais dès lors en son sursis

Soucieuse de déplaire aux regards indigents
Elle cherche subito des pavés moins branlants

Pluie rouge rêves en feu
Je rejoins ses jambes par chemin d'échos liés

On entend rouler l'or au fond d'un tronc

Soucieuse de déplaire aux regards indigents
Elle m'entraîne presto hors des travées pénitentes

Pluie noire rêves en feu
Je la suis vers l'autel dressé dans la chapelle

Je me sais dès lors à sa merci

Soucieuse de déplaire aux regards indigents
Elle se donne illico sûre dépravée brûlante

Théo

29.09.2009

Loin des regards

Tautou.jpg


Elle : Qu'il est craquant le baby bébé kid.
Lui : comment va-t-on l'appeler ?
Elle : Carrefour ! puisque c'est là qu'on l'a piqué.
Lui : Plutôt Darty, pour détourner les soupçons.

Théo

28.09.2009

Gages de bonne volonté d'un paradis fiscal

images.jpg

La Suisse arrête Roman Polanski...

 

images-1.jpg
... et relâche Hannibal Kadhafi en s'excusant auprès de son père.

25.09.2009

X

Concours de photos ici

 

Annelise dubois.jpg

Photo Annelise Dubois

13.09.2009

Moore à Venise

Michael Moore (à la Mostra de Venise)

« La démocratie n'est pas un sport de spectateurs, il faut y participer ! »

12.09.2009

Aux amoureux des mots

Des blogs s'arrêtent, d'autres disparaissent, renaissent sous une autre forme, marquent un nouvel arrêt. Trop de blogs tue-t-il le blog ? Est-ce le prix à payer pour cette des-mots-cratie là ?

Le relatif-définitif est inscrit en lettres implicites dans tout ce que l'on écrit. Le présent a pour principe de se succéder sans cesse à lui-même sous une autre forme. Le mot est mort ! Vive le mot !

L'écriture est liée à une parfaite osmose entre besoin et désir profonds, et lorsque l'un de ces éléments fait la guerre à l'autre, il y a trêve sur le plan de l'écriture, mais pour qui aime les mots, la vraie paix aura toujours le goût d'encore.

Théo

11.09.2009

Le changement de ton de Monsieur Léo

-    Ma préférence va à celui-ci, beaucoup plus souple, un peu plus grand, plus beau.
-    Plus original aussi.
-    Certainement.
-    Pardon.
-    Vous pouvez choisir la couleur des...
-    Vert et rose alors.
-    Au revoir messieurs-dames.
-    Ce qui ira bien avec votre teint. Annie, tenez la porte à madame, voyons !
-    Son prix ?
-    Mille cinq cent euros.
-    Non, non, ne vous dérangez pas.
-    Mille trois cents pour une bonne cliente ?
-    Pardon.
-    Je suis vraiment navré, madame, la maison ne pratique aucune remise. Mais nous accepterons volontiers deux chèques. Trois même pour vous être agréable.
-    Dans ce cas je l'achète.
-    Vous ne le regretterez pas. Jacqueline, voulez-vous vous charger de la commande de madame.
-    Je m'en occupe tout de suite, Monsieur Léo.
-    Bonjour. Avez-vous encore ce fameux modèle gigogne ?
-    J'ai bien peur que non, ah si ! Je vous demande un instant, monsieur... Allo, Harry, c'est encore moi. Il nous reste un modèle gigogne ?... Mon collègue se renseigne.
-    Merci.
-    Pardon.
-    Je pourrais venir le chercher quand ?
-    Nous vous le livrerons, si vous voulez.
-    Hen, hen. Je vais voir à Victor Hugo. Merci, Harry.
-    Oui, je vous donne mon adresse.
-    Bonjour, savez-vous où se trouve le numéro 42 bis, cela passe de 42 à 44.
-    C'est l'ancienne numérotation.
-    Allez-voir au 54, je crois.
-    112, avenue du Président Washington.
-    Oui, c'est encore moi, Harry, il me vient une idée. La commande de madame Japadopoulos est-elle toujours là ?
-    Vendredi en huit, cela vous convient ?
-    Un instant !
-    Un instant.
-    Excusez-moi. Oups !
-    Cela ne fait rien, je repasserai.
-    Non, non, il y en a pour une toute petite minute.
-    Donnez-moi votre numéro de téléphone.
-    Prenez ma carte.
-    Je vous rapporte un café, monsieur Léo ?
-    Volontiers, ma belle.
-    Merci, comme cela nous vous appellerons la veille pour vous confirmer la... Oui ?
-    Vous avez livré madame Bréjan-Bar ?
-    Un instant.
-    Vous m'avez dit oui ?
-    Pardon.
-    Evitez de passer devant les clients, Annie, combien de fois faut-il vous le répéter !
-    Excusez-moi.
-    Ah ? Parfait, alors faites-la moi parvenir, la cliente a téléphoné pour dire qu'elle annulait ... Ne vous inquiétez pas, je me comprends... C'est ça.
-    Je reviendrai plus tard.
-    Oui, quoi ?
-    Vous pouvez repasser d'ici une petite heure ?
-    Je préfère que ma femme vienne elle-même.
-    Monsieur Léo, c'est pour vous.
-    Je prends, un instant.
-    Pour le café...
-    Je vous fais trois chèques alors.
-    Madame Bréjan-Bar, vous l'avez livrée ?
-    Verte et rose, hein, ne vous trompez pas.
-    N'ayez aucune inquiétude.
-    Combien il coûte ?
-    C'est votre femme.
-    Oui, oui.
-    Je peux te rappeler plus tard ?
-    En voilà un.
-    Bonjour, finalement j'ai encore changé d'avis.
-    Quoi ?... Mais tu as entendu ça où ?
-    Je l'antidate ? Je le postdate je veux dire, enfin, vous comprenez.
-    Pour se garer dans votre quartier !
-    Ah, voilà enfin le plombier.
-    Les deux en même temps ?
-    Cela n'est pas autorisé. Datez-les tous d'aujourd'hui. Ne vous inquiétez pas, on a l'habitude.
-    Pardon.
-    Votre café, Monsieur Léo. Oh, vous êtes tout pâle !
-    Je vous donnerai le troisième à la...
-    Bordel de merde ! les Twin Towers...

Théo