30.10.2009
Amours délétères
pour nous baiser aux régionales
le sceptre a convoqué le spectre
de l'hydre entité nationale
Théo
12:33 Publié dans Les actualités, Les courts | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, identité nationale
25.10.2009
Copyleft
Je vous invite à lire un article en cliquant ici.
Puis à visionner gratuitement Sita sings the Blues, film d'animation de Nina Paley.
Théo
15:11 Publié dans Les arts | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : nina paley, ramayana, film d'animation, annette hanshow
22.10.2009
100 % bio
13:57 Publié dans Les images | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : spencer tunick, climat, greenpeace
17.10.2009
Hauteur de recherche
Un anonyme a atterri sur mon blog pour avoir tapé sur un moteur de recherche : « j'oblige ma femme à se montrer nue ». J'espère que sa femme n'a pas obtempéré - et au besoin je conseille à celle-ci de contacter au plus tôt la Fédération Nationale Solidarité Femmes. Je me demande aussi qu'est-ce qui, dans mes écrits, a bien pu orienter le moteur de recherche vers mon site, en écho à un tel incipit. je ne crois pas avoir jamais forcé aucune femme à vous appâter sur mon blog pour muliplier par mille ou dix mille le nombre de visiteurs.
Allez ! une petite image de consolation pour que cet anonyme ne reparte pas bredouille. Je me rappelle avoir effectivement obligé ma femme à pique-niquer nue.
Théo
19:24 Publié dans Les brèves réflexions, Les mots et images | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : manet, humour, blog
13.10.2009
Le rapport Xana'
Un brouhaha indescriptible gonfle le Hall de la Maison Cosmique.
« XANA' EST ATTENDUE CARRE 118 K »
Aux prises avec mille marques de félicitation, la jeune femme s'échappe à travers la voie offerte et se retrouve, légère, à l'étage supérieur.
Le rapport qui lui vaut ces effusions relate sa récente mission en zone temporelle. Le Temps ! Notion providentielle pour les Immortels, en guerre constante avec leurs voisins, les Eternels. Ni gagnants ni perdants, des condamnés à la violence perpétuelle. Quand une idée nouvelle a secrètement germé dans la tête des stratèges Immortels...
Xana' suit le conduit-mouvant jusqu'au carré 118 K et retrouve sa bonne humeur en découvrant le nom holographié sur la plaque. La porte s'ouvre.
- Entre ma petite étoile ! Je ne veux pas être le dernier à te féliciter !
- Si toi aussi tu t'y mets, je ne donne pas cher de ma paix.
Anthoase, l'ami frondeur par excellence, marche à sa rencontre bras ouverts et mains gantées.
- As-tu aimé ton séjour chez les Tempos ? Dis-moi tout !
- Inoubliable !
- A l'image de ton rapport, alors ! Tu iras loin ma chère Xana', c'est un homme qui voit loin qui te l'affirme !
- J'ai l'impression qu'on découvre seulement que j'existe ! Et toi, que fais-tu ici ? A notre dernière rencontre, tu organisais un séminaire sur la dimension « X ».
- C'était barbant au possible ! Assieds-toi ! Tu as une mine de pêche réjouie. Ne ris pas ! Cette mission au soleil des Temporels a sublimé ton teint. Ta peau doit avoir un goût exquis.
- Le carré 118 K est-il une garçonnière ?
- Parlons labeur si tu y tiens!
Anthoase ouvre un dossier en évidence sur son bureau.
- Malgré tout les bruits qui courent, peu d'entre nous ont lu ton rapport. Moi-même je n'ai eu droit qu'à un résumé, plus quelques extraits. Passionnant et frustrant !.. J'ai dans les mains une communication ultra-confidentielle du Conseil des Hautes Sciences.
Il la tend à sa compagne qui lit à voix basse :
- « L'examen approfondi du Rapport Xana' permet d'affirmer qu'il est possible de créer du Temps dans nos laboratoires. » Ouaao! Quelle nouvelle !
- Grâce à toi nous détiendrons l'Arme absolue. Si les Eternels refusent de se soumettre, leur disparition n'est qu'une question... de Temps ! C'est beau, non ?
- Tu me déçois Anthoase, je t'aurais cru plus délicat !
- Pourquoi ?
- J'ai vécu cette mission comme une aventure passionnante, tu la ravales au niveau d'une entreprise d'extermination !
Anthoase vient à ses genoux lui caresser les mains.
- Pardonneras-tu au chat tigré le vilain coup de patte qui a jailli du jeu ?
Xana' sourit à ce rappel d'une lointaine connivence.
- Il m'arrive de parler pour le simple don du bruit. Je te vois si peu souvent, ma petite étoile, que, lorsque nous sommes ensemble, j'ai l'impression d'être en conversation avec mes souvenirs. En veux-tu à ce pauvre Anthoase ?
- J'ai quelque chose pour toi qui te prouvera que non.
Fouillant dans son sac, elle en ressort un ustensile rond sur deux pattes.
- Oh que c'est mignon ! Qu'est-ce que c'est ? Non, laisse-moi deviner ! Un robot antique ! Tu as pensé à ma collection ! A quelle tâche ingrate était-il destiné ? C'est un bib-hop ?
- Ne te fatigue pas, c'est un réveille-matin. De fabrication ancienne, certes, mais qui fonctionne à merveille. Les Tempos s'en servent pour mesurer le Temps. Tu remontes le mécanisme en tournant...
- Arrête ! Tu vas nous contaminer !
Sortant son flacon de poche, il en tire une pilule dorée qu'il avale aussitôt. Xana' l'observe d'un œil amusé.
- Pauvre Anthoase qui a peur d'un objet inoffensif ! Si le Temps se fabriquait ainsi, nos chercheurs se tourneraient les pouces. Je t'explique : quand la grande aiguille a fait le tour du cadran, par à-coups réguliers, la petite aiguille, beaucoup plus lente, s'est déplacée d'un chiffre sur sa droite. On dit qu'il s'est écoulé une heure.
- Très drôle !
- Tu ne comprends rien. C'est l'essence d'une philosophie : un même Temps peut sembler long ou court suivant le degré de plaisir que tu prends à le vivre. La conscience du plaisir va de pair avec la sensation du Temps mouvant - la grande aiguille - et la conscience du déplaisir s'accompagne de la sensation du Temps inerte - la petite aiguille.
Anthoase éclate de rire :
- Mais ma chérie, nous connaissons tous cette association plaisir-mouvement !
- Tu ne changeras jamais !
Anthoase enferme le réveille-matin dans un tiroir de son bureau et s'assied, un sujet délicat sur les lèvres :
- Passons à des choses plus sérieuses. Je vais être franc avec toi Xana'..
- Sois-le sans être professoral.
- Nous souhaitons vivement que tu prolonges ta mission chez les Temporels. Bien entendu, tu n'es pas obligée d'accepter.
- Comme il vous plaira ! s'entend répondre la jeune femme. Elle sent tout à coup revenir la joie absente depuis son retour.
- Quand nous t'avons envoyée courir un lièvre, nous ignorions que tu nous en rapporterais deux.
- Et moi donc ! De quoi s'agit-il ?
- Des Temporels ! Ton rapport a révélé des choses troublantes. Voici quelques passages tirés du chapitre que tu consacres à l'influence du Temps sur leur mœurs.. Voyons..
Xana' sent son cœur battre une curieuse chamade.
- « Les Temporels ont le sentiment aigu du Temps qui passe. Une grande part de leurs actes irrationnels et dangereux s'explique par cette course désespérée “contre la montre”... Leurs gouvernants mènent une politique à court terme qui aggrave plus qu'elle ne résout les nombreux problèmes de leur fin de siècle... On recense une quarantaine de conflits armés... Leur Arme Absolue est la Bombe Atomique. Ils en possèdent assez pour ravager plusieurs fois la planète. Le compte à rebours a commencé. Mais ils se croient éternels, s'érigent des statues à leur image, prétendent occuper des fauteuils immortels, tentent de parler avec les morts... que ne sont-ils capables d'inventer pour tromper le Temps qui, à chaque seconde, les rapproche de la fin ! »
Anthoase sort un mouchoir citron pour s'essuyer les commissures des lèvres.
- Tes propres mots, Xana'.
- Je pense qu'on ne t'a pas transmis le développement que je fais sur leur créativité, leur générosité, leur poésie. Je te parlerai d'eux plus longuement. Ce rapport n'est qu'un Rapport Officiel.
- Et le seul qui compte ! Il n'y a rien à attendre d'une race assez folle pour s'autodétruire.
- OK! Empêchons-les d'en arriver là ! Je suis prête à repartir sur-le-champ.
- Xana', ma petite étoile filante, tu t'emballes encore ! Qu'ils fassent sauter leur planète nous arrangerait bien ! Mais qu'ils inventent les moyens d'envahir l'espace, et débarquent chez nous avant que nous sachions nous protéger du Temps, adieu l'Empire ! Adieu Xana' !
- Cesse de t'amuser avec mes nerfs. Qu'attend-on de moi ?
- Nos archives Intercosmiques contiennent une curieuse légende: un certain Prométhée aurait dérobé le feu aux dieux pour le donner aux Temporels. Nous, nous allons leur dérober le Temps.
Xana' se dresse, guerrière au milieu de la pièce.
- Mais c'est l'air qu'ils respirent !
- Ce sera eux ou nous, Xana'. Leur race est de toute façon condamnée. Un peu plus tôt, un peu plus tard..
- Tes nouvelles fréquentations ne te réussissent pas !
- Nous ne les ferons pas souffrir. Nous allons juste accélérer leur Temps de sorte qu'ils quittent pratiquement le berceau pour la tombe. L'astuce est qu'ils ne s'en rendront pas compte. Le processus sera déclenché à la première de seconde de ce « nouveau siècle » dont ils ont l'air de se faire tout un plat. L'affaire sera définitivement classée en deux ou trois générations !
Xana' doit se rasseoir.
- Tu te demandes comment c'est possible ? Un jeu d'enfant ! On accélère graduellement la vitesse de rotation de leur planète tout en contrôlant les forces de leur univers. Les minutes deviennent des secondes et les heures des minutes. Nous influerons également sur leurs instruments de mesure du Temps pour que ceux-ci restent en accord avec les cadrans solaires. Puisqu'ils vieillissent avec la sensation que le Temps passe de plus en plus vite (c'est dans ton rapport), notre intervention n'aura rien d'exceptionnel, et ils finiront d'une belle vie : ton rapport ne révèle-t-il pas..
- Oh! ce foutu rapport ! Je voudrais ne l'avoir jamais écrit !
-..que la plupart d'entre eux n'ont qu'un seul désir, réduire leur temps de travail ?
- C'est encore plus ignoble que de les attaquer à visage découvert ! Ils n'auront aucune chance de se défendre ni de savoir pourquoi ils meurent. Je refuse de participer à cette machination, et d'ailleurs je vais faire appel au Tribunal Interplanétaire.
Anthoase tombe des nues. Il croyait avoir été brillant, mais le visage blême de sa camarade en dit plus long que sa rhétorique. De toute évidence elle a été contaminée lors de sa mission. Comme il se tait, elle comprend son silence et ferme les yeux. Des images, des sons, des couleurs temporelles lui viennent à l'esprit. Et puis des visages muets, comme implorant. Est-elle contaminée ? La réponse ne l'intéresse pas. Elle se vit avec une intensité inhabituelle qui lui fait rouvrir les yeux, déterminée. Anthoase s'est approché d'elle. Il lui parle d'une voix douce :
- Xana', tu m'entends ? Je vais t'accompagner au Réceptacle des Urgences. Il est possible que tu aies été..
- Non, je ne suis pas contaminée ! Je n'ai négligé aucune précaution. J'ai eu un étourdissement, mais je me sens mieux maintenant. Après tout ce ne sont que des Temporels.
- Tu m'as fait peur !
- En quoi consistera ma mission ?
- Il serait préférable d'en reparler la prochaine fois.
- Ne t'inquiète pas, je vais me porter volontaire pour subir l'examen de conscience. On peut avoir pitié des Temporels sans trahir les Immortels. Je t'écoute.
- Eh bien, dès que l'opération aura débuté nous aurons besoin de suivre de près l'évolution de leur comportement pour savoir si nous devons accélérer ou ralentir le processus. Il nous faut quelqu'un sur place. Tu étais..tu es toute désignée pour ce rôle, étant donné tes connaissances du milieu.
- Je vous communiquerai régulièrement le fruit de mes observations.
Anthoase cherche à lire la pensée derrière les mots.
- Tes comptes rendus seront passés au détecteur car tu cours en permanence le risque d'être contaminée.
- Je n'ai aucune intention de vous abreuver de mensonges. Mais je ne te cache pas que je pars pour tenter de les sauver. Nous avons des pouvoirs qui s'avéreront peut-être efficaces pour leur faire entendre raison.
- Je doute que nos pouvoirs aient un quelconque effet sur leur obstination.
- Et si le changement venait à l'initiative de l'un d'entre eux ?
- Dans ce cas nous reconsidérerions la question. Mais c'est peu probable.
***
Au bord du champ gelé, une carcasse de voiture abrite une histoire d'amour vieille comme le monde. Le clocher d'un village lance le premier des douze coups qui feront basculer l'humanité dans un nouveau millénaire. Les coups, repris de villages en villages, décorneraient les diables en mal d'apocalypse.
Xana' s'étire. On entre dans le monde des Temporels au sortir d'un sommeil programmé. Engourdie, elle s'attarde de tout son long sur la terre blanchie pour en sentir la brûlure salutaire. La sensation imprécise se fond dans une impression familière. C'est comme si elle sortait de cette terre glacée à laquelle elle s'accroche.
Le silence soudain des derniers clochers lui rappelle qu'après un tel voyage, il lui faut absorber une forte dose d'immortalité car le Temps joue immédiatement contre elle. Elle a peur de ne pas réussir, peur du « trop tard ». Elle se lève, flageolante, frissonnante, croyant reconnaître les premiers symptômes du processus de mortalisation. Elle fouille dans une poche invisible, ses doigts se contractent au contact du verre. La fiole, pleine de petites pilules au goût amer d'immortalité, absorbe la clarté lunaire des Temporels.
Xana' marche vers la route. Le flacon est un poids mort dans sa main. Au moment où la voiture s'arrête pour la laisser passer, c'est tout juste si elle remarque que l'objet glisse entre ses doigts.
Théo
23:19 Publié dans Les nouvelles | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : nouvelle, littérature, millénaire
11.10.2009
Les hommes
les hommes meurent de boue
la conscience en jeu de quilles
la tête lourde et sinistre
de qui rejette en ministre
les vieux rêves de terre glaise
les hommes meurent beaucoup
dans les miroirs désavoués
des mensonges émiettés
où naît reflets fuyants
leur cruelle vérité
les hommes meurent voyous
dans les demeures veuves
et leur âme égarée
rejoint des ans parée
les senteurs d'un herbier
Théo
18:59 Publié dans Les poèmes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : poésie, littérature
10.10.2009
D@ns le texte
Véronique Ovaldé
« C'est difficile d'écrire une scène érotique, c'est un exercice de corde raide. »
14:00 Publié dans Les perles et diamants | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, ovaldé
08.10.2009
Cul de sac
13:14 Publié dans Les bienvenus, Les images | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : dessin, humour
06.10.2009
Clics ou troubles
Si vous pensez « après moi le déluge », ce lien n'est pas pour vous :
Cliquez dans la nouvelle fenêtre sur Download the Song
Il s'agit d'une « pétition-musicale » à l'initiative de Kofi Annan, ancien secrétaire général des Nations Unies, à l'intention des futurs participants au sommet de Copenhague, censés prendre des décisions efficaces pour lutter contre le réchauffement climatique. Vous téléchargez gratuitement le fichier musical qui vous est proposé et votre « clic » constitue une signature numérique qui s'ajoute à toutes les autres
Théo
20:36 Publié dans Les actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sommet de copenhague, réchauffement climatique, actualité
05.10.2009
V'ivre
Claude Lanzmann
« Je ne sais pas ce que c'est que la vieillesse. C'est d'abord ma jeunesse qui est garante de celle du monde. »
17:12 Publié dans Les perles et diamants | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : lanzmann
04.10.2009
Profanation
Pluie bleue rêves en feu
Je la surprends qui glisse son ombre sous mes pas
Je me sais dès lors en son sursis
Soucieuse de déplaire aux regards indigents
Elle cherche subito des pavés moins branlants
Pluie rouge rêves en feu
Je rejoins ses jambes par chemin d'échos liés
On entend rouler l'or au fond d'un tronc
Soucieuse de déplaire aux regards indigents
Elle m'entraîne presto hors des travées pénitentes
Pluie noire rêves en feu
Je la suis vers l'autel dressé dans la chapelle
Je me sais dès lors à sa merci
Soucieuse de déplaire aux regards indigents
Elle se donne illico sûre dépravée brûlante
Théo
14:01 Publié dans Les poèmes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : poésie, littérature
29.09.2009
Loin des regards
13:54 Publié dans Les insolites, Les mots et images | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : photo
28.09.2009
Gages de bonne volonté d'un paradis fiscal

La Suisse arrête Roman Polanski...

... et relâche Hannibal Kadhafi en s'excusant auprès de son père.
23:23 Publié dans Les actualités, Les mots et images | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : polanski, kadhafi
25.09.2009
X
14:27 Publié dans Les arts | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : photo, concours, biennale de lyon
13.09.2009
Moore à Venise
Michael Moore (à la Mostra de Venise)
« La démocratie n'est pas un sport de spectateurs, il faut y participer ! »
14:08 Publié dans Les perles et diamants | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : michael moore, démocratie
12.09.2009
Aux amoureux des mots
Des blogs s'arrêtent, d'autres disparaissent, renaissent sous une autre forme, marquent un nouvel arrêt. Trop de blogs tue-t-il le blog ? Est-ce le prix à payer pour cette des-mots-cratie là ?
Le relatif-définitif est inscrit en lettres implicites dans tout ce que l'on écrit. Le présent a pour principe de se succéder sans cesse à lui-même sous une autre forme. Le mot est mort ! Vive le mot !
L'écriture est liée à une parfaite osmose entre besoin et désir profonds, et lorsque l'un de ces éléments fait la guerre à l'autre, il y a trêve sur le plan de l'écriture, mais pour qui aime les mots, la vraie paix aura toujours le goût d'encore.
Théo
13:24 Publié dans Les brèves réflexions | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : écriture, blog
11.09.2009
Le changement de ton de Monsieur Léo
- Ma préférence va à celui-ci, beaucoup plus souple, un peu plus grand, plus beau.
- Plus original aussi.
- Certainement.
- Pardon.
- Vous pouvez choisir la couleur des...
- Vert et rose alors.
- Au revoir messieurs-dames.
- Ce qui ira bien avec votre teint. Annie, tenez la porte à madame, voyons !
- Son prix ?
- Mille cinq cent euros.
- Non, non, ne vous dérangez pas.
- Mille trois cents pour une bonne cliente ?
- Pardon.
- Je suis vraiment navré, madame, la maison ne pratique aucune remise. Mais nous accepterons volontiers deux chèques. Trois même pour vous être agréable.
- Dans ce cas je l'achète.
- Vous ne le regretterez pas. Jacqueline, voulez-vous vous charger de la commande de madame.
- Je m'en occupe tout de suite, Monsieur Léo.
- Bonjour. Avez-vous encore ce fameux modèle gigogne ?
- J'ai bien peur que non, ah si ! Je vous demande un instant, monsieur... Allo, Harry, c'est encore moi. Il nous reste un modèle gigogne ?... Mon collègue se renseigne.
- Merci.
- Pardon.
- Je pourrais venir le chercher quand ?
- Nous vous le livrerons, si vous voulez.
- Hen, hen. Je vais voir à Victor Hugo. Merci, Harry.
- Oui, je vous donne mon adresse.
- Bonjour, savez-vous où se trouve le numéro 42 bis, cela passe de 42 à 44.
- C'est l'ancienne numérotation.
- Allez-voir au 54, je crois.
- 112, avenue du Président Washington.
- Oui, c'est encore moi, Harry, il me vient une idée. La commande de madame Japadopoulos est-elle toujours là ?
- Vendredi en huit, cela vous convient ?
- Un instant !
- Un instant.
- Excusez-moi. Oups !
- Cela ne fait rien, je repasserai.
- Non, non, il y en a pour une toute petite minute.
- Donnez-moi votre numéro de téléphone.
- Prenez ma carte.
- Je vous rapporte un café, monsieur Léo ?
- Volontiers, ma belle.
- Merci, comme cela nous vous appellerons la veille pour vous confirmer la... Oui ?
- Vous avez livré madame Bréjan-Bar ?
- Un instant.
- Vous m'avez dit oui ?
- Pardon.
- Evitez de passer devant les clients, Annie, combien de fois faut-il vous le répéter !
- Excusez-moi.
- Ah ? Parfait, alors faites-la moi parvenir, la cliente a téléphoné pour dire qu'elle annulait ... Ne vous inquiétez pas, je me comprends... C'est ça.
- Je reviendrai plus tard.
- Oui, quoi ?
- Vous pouvez repasser d'ici une petite heure ?
- Je préfère que ma femme vienne elle-même.
- Monsieur Léo, c'est pour vous.
- Je prends, un instant.
- Pour le café...
- Je vous fais trois chèques alors.
- Madame Bréjan-Bar, vous l'avez livrée ?
- Verte et rose, hein, ne vous trompez pas.
- N'ayez aucune inquiétude.
- Combien il coûte ?
- C'est votre femme.
- Oui, oui.
- Je peux te rappeler plus tard ?
- En voilà un.
- Bonjour, finalement j'ai encore changé d'avis.
- Quoi ?... Mais tu as entendu ça où ?
- Je l'antidate ? Je le postdate je veux dire, enfin, vous comprenez.
- Pour se garer dans votre quartier !
- Ah, voilà enfin le plombier.
- Les deux en même temps ?
- Cela n'est pas autorisé. Datez-les tous d'aujourd'hui. Ne vous inquiétez pas, on a l'habitude.
- Pardon.
- Votre café, Monsieur Léo. Oh, vous êtes tout pâle !
- Je vous donnerai le troisième à la...
- Bordel de merde ! les Twin Towers...
Théo
09:19 Publié dans Les dialogues | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : écriture, 11 septembre
06.09.2009
Aube
une perche tendue
un miroir pendu
l'étendue
Théo
13:44 Publié dans Les mots et images | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : poésie, écriture
15.08.2009
La grille magique
25° 26° 27° 28° 29° 30° 31° 32° 33° 34° 35° 36°
26° 27° 28° 29° 30° 31° 32° 33° 34° 35° 36° 37°
27° 28° 29° 30° 31° 32° 33° 34° 35° 36° 37° 38°
28° 29° 30° 31° 32° 33° 34° 35° 36° 37° 38° 39°
29° 30° 31° 32° 33° 34° 35° 36° 37° 38° 39° 40°
30° 31° 32° 33° 34° 35° 36° 37° 38° 39° 40° 41°
31° 32° 33° 34° 35° 36° 37° 38° 39° 40° 41° 42°
32° 33° 34° 35° 36° 37° 38° 39° 40° 41° 42° 43°
33° 34° 35° 36° 37° 38° 39° 40° 41° 42° 43° 44°
34° 35° 36° 37° 38° 39° 40° 41° 42° 43° 44° 45°
35° 36° 37° 38° 39° 40° 41° 42° 43° 44° 45° 46°
36° 37° 38° 39° 40° 41° 42° 43° 44° 45° 46° 47°
37° 38° 39° 40° 41° 42° 43° 44° 45° 46° 47° 48°
38° 39° 40° 41° 42° 43° 44° 45° 46° 47° 48° 49°
39° 40° 41° 42° 43° 44° 45° 46° 47° 48° 49° 50°
1) Pour les tout petits : En reliant ces chiffres dans un certain ordre, tu verras apparaître un beau soleil, une niche et peut-être même un chien (si tu es sage).
2) Pour les ados : Choisissez un nombre dans une rangée horizontale. Additionnez-le à un nombre dans une rangée verticale. Multipliez le résultat par un nombre dans une rangée oblique. Divisez ce nouveau résultat par un nombre entre 25 et 50. Recommencez jusqu'à ce que vous obteniez 83, 678571429.
3) Pour les papas : Fixez un point précis de la grille des chiffres comme si vous lisiez votre dernier relevé de compte et qu'un débit vous paraissait injustifié. Au bout de quelques secondes/minutes/heures (cela dépend de la vivacité du sujet), vous verrez apparaître une vahiné en 3 D avec deux seins coco-mangue.
4) Pour les mamans : Découpez la grille. Pliez-la en diagonale. Repliez-la de façon à obtenir un chapeau. Retournez-le. Collez l'angle ouvert. Vous devez obtenir un triangle dont deux côtés sont ouverts. Ouvrez le troisième côté en épargnant les angles (procédez avec une lame de rasoir bic jetable ou un ongle américain). Vous obtenez un mini maillot de bain préchauffé entre 25 et 50° selon la précision des plis.
Théo
18:31 Publié dans Les temps morts | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : humour, jeux
11.08.2009
La mondialisation
- Tu as encore oublié de me réveiller ce matin ! dit Pauline.
- J'aime tant te regarder dormir, dit le réveil.
- Pourquoi me réveilles-tu un dimanche ? dit Pauline.
- Tu ne vas pas à la messe ? dit le réveil.
- Il est 4h du matin, es-tu devenu fou ? dit Pauline.
- Programme test intégré, dit le réveil.
- Pour l'amour du ciel, arrête de sonner ! dit Pauline.
- J'ai eu peur que tu sois devenue sourde, dit le réveil.
- Pourquoi me persécutes-tu ? dit Pauline.
- Je veux rentrer dans mon pays, dit le réveil.
Théo
08:23 Publié dans Les dialogues | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : écrit, humour
06.08.2009
La fumée
J'ai une drôle d'histoire à vous raconter. Il y avait de la fumée dans le ciel, ce matin-là, et je savais pas d'où ça venait. L'air sentait le pollué, mais pas plus que d'habitude. C'était une petite fumée blanchâtre pour indien de B.D. qui annonce à sa copine « ne m'attends pas ce soir, il y a Custer à la télé ». Du cousu main dans le décor. Seulement, moi, je l'ai vue. La fumée se diluait dans l'espace gris bleu en s'échappant de nulle part. Comme un arc-en-ciel, les couleurs en moins. Elle m'a trottiné dans la tête un bon moment. Je pensais pas à grand-chose, c'est sans doute pour ça qu'elle prenait ses aises dans mon paysage intérieur. J'ai pris un petit café accolé à mon comptoir habituel, et je l'ai vue, sans mentir, en surimpression sur la vapeur du jus recroquevillé dans la tasse. Pour l'anecdote, et tant pis si vous les aimez pas, j'avais rendez-vous avec un type qui me devait de quoi me loger une nuit dans un deux étoiles. J'étais sûr qu'il serait pas de parole. Des étoiles, j'en vois tous les soirs dans la couette des nuages. Bon. J'ai fait semblant de l'attendre et de rouspéter contre le monde entier, histoire d'entendre Rosae, la patronne, dire en récupérant ma tasse : « Allez, c'est moi qui offre, aujourd'hui ».
En sortant je me suis retourné machinalement pour vérifier si la fumée était bien là, comme un petit caniche qui suit son maître sur le crottoir. Je la situai plus bien, à vrai dire. Et puis je l'ai retrouvée sur le dix ou onzième coup de midi. Elle commençait à pâlir à cause du soleil qui m'en donnait plein la vue. Mais tout de même, elle a eu le temps, avant de disparaître, de me jouer un sacré tour. Elle s'était enroulée autour d'une image trop imprécise pour que j'y mette des mots. Je sentais une lourdeur d'esprit, l'envie de me gratter la tête sans vraie démangeaison. Attendons, me suis-je dit. Marchons en direction du parc de la butte. Ça se fera savoir ou bien ça s'en ira. Moi, l'un ou l'autre me va très bien. Et puis cette sacrée garce de fumée s'est envolée comme une petite culotte primesautière qui va jouer ailleurs. Je me suis pris de plein fouet la vision, et c'est là que tout a basculé.
J'ouvre une parenthèse. J'oblige personne à me croire, et encore moins à faire l'effort de comprendre. Je trouverais même incongru qu'on s'intéresse de trop près aux élucubrations d'un inconnu. J'ai quarante ans, vous savez. Ni idée ni travail ni domicile fixes. Rien qui attache au fond de la casserole. J'en tire pas vanité, c'est un choix de vie. J'ai quand même un but, j'avais, pardon, un but dans la vie, la finir le plus tard possible, par fainéantise. Je suis une vieille locomotive qui se donne l'illusion de traverser quelque chose. Prenez ou prenez pas le train en marche, montez, descendez, riez, criez, c'est égal à mes yeux ! Comment croire à l'existence des autres quand on croit si peu à soi ! La seule personne qui avait commencé à m'expliquer que j'étais pas seul au monde est morte navrée de pas avoir eu le temps de s'en convaincre. J'ai oublié la forme douce ou acariâtre de son visage, seule demeure dans mon crâne l'image d'un tablier rouge à pois noirs comme des pupilles dépourvues de regard. Déjà le néant au fond des yeux. Il paraît que c'était ma mère qui le portait à mes 3 ans. Je me suis retrouvé pupille de la nation. C'est la vie. Mais la vie, vous pouvez me dire à quoi elle sert, hein ? Je ferme la parenthèse dans votre silence édifiant.
A la place de la fumée, il y avait un visage de femme. Le pire, c'est que je l'avais jamais vu nulle part. Physionomiste, par tempérament de la mémoire, je suis capable de retrouver au claquement des doigts près les circonstances exactes - lieu, heure, état du ciel, humeur - dans lesquels j'ai rencontré la personne dont le visage croise deux fois mon regard à dix ans d'intervalle. Or ce visage, je l'avais vu nulle part. J'étais même certain qu'il résultait pas du télescopage de plusieurs traits emberlificotés. Je vieillis, à une époque j'aurais dit kaléidoscope, point barre. Ce qui m'étonnait surtout, c'était la précision de l'image. Tant de netteté pour un type aussi flou que moi, c'était forcément louche. Mais d'où diable venait cette face ? Consultant de mon univers imaginaire, j'ai pas été long à pondre une théorie. La fumée l'avait pas révélée, elle l'avait concoctée dans son cocon. Elle avait pris son temps, elle était restée en moi toute la matinée. Jusque-là, avec les femmes, c'était fort simple. Je vous raconte ? Chiche, je vous raconte !
Quand j'avais envie d'un pied, six pouces de bonheur, je choisissais avec soin une silhouette dans la rue, il fallait qu'elle me parle, m'appelle, me séduise, vous comprenez. Après, je partais en quête de jambes, de mains, d'une nuque, d'un dos, je focalisais sur les modulations des hanches, la cadence du fessier, la gestuelle des bras, l'ampleur des seins, bref, tout ce qui est capable de m'émoustiller. Par touches successives, je recomposais pareillement un visage et une coiffure avant de capter la voix. « Vous avez l'heure s'il vous plaît ? » « La rue Saint-Frusquin, c'est encore loin ? » « Vous auriez vu un petit garçon de trois ans en costume rayé bleu-blanc-rouge ? » Une fois mémorisées les pièces éparses de la déesse du jour, j'allais m'enfermer dans la machine à fantasmes avec la première laborieuse qui voulait bien se contenter de mes petites économies de la semaine. Sexy, glaciale, mariée avec sa trousse de maquillage, quelle importance ! j'apportais mon manger sans plus besoin de faire dans la dentelle.
Alors pourquoi, tout d'un coup, ce visage présenté sur un plateau façon Marie-Antoinette ? J'en avais que faire. Je me suis enfilé à pied la rue Vaugirard pour tenter de la semer. J'ai pris le métro en changeant de lignes à toutes les correspondances. J'ai fait le grand détour par chez Vivie, qui loge en ce moment avec un copain barbu sous le pont de Champigny. Dans le quartier, on le surnomme le sage. Je suis pas resté longtemps. Il était en plein delirium. En m'endormant le soir, à l'arrière d'une voiture, la dernière chose que j'ai vue... je vous fais pas le dessin.
Le lendemain, parole, j'y pensais plus. Et d'un coup la revoilà dans ma ligne de mire mentale au moment où je disais à un étudiant argentin que j'étais aussi fauché que lui. Elle était encore plus nette que la veille. Ce qui me frappait, c'était l'intensité du regard. J'avais la sensation qu'elle lisait droit dans mes pensées intimes et qu'elle s'amusait à les embrouiller. Je me suis demandé si j'étais pas devenu fou, et le fait de me poser la question m'a rassuré un peu. La vie m'avait peut-être inscrit en stage de déconnexion lente. Une idée m'a pris la partie de la tête encore disponible. Pendant toute la journée, j'ai arpenté les quartiers que j'avais fréquentés ces derniers mois, pour remettre le visage à sa bonne place. Eh oui, j'avais fini par me dire que ma mémoire avait enregistré ces traits lors d'un croisement du hasard auquel j'avais pas cru prêter attention. Bredouille comme andouille ! Au début de la soirée, j'arrivais toujours pas à voir ce foutu visage ailleurs que dans ma tête.
« Et si tu lui donnais un nom à ta belle ? » m'a suggéré Tripette. J'avais été la voir, parce qu'elle navigue dans un de mes quartiers de prédilection. Pour faire d'une pierre deux couilles aussi, sachant bien que Tripette, elle est fort décapante sur le sujet de la quéquette. Elle a pas sa pareille, quand je la compare vite fait bien fait. Bon. Quand on a eu fini notre affaire et rajusté chacun son fourbi au bon endroit, comme si tout était à refaire mais que, maintenant, c'était le temps qui nous pressait, je lui ai dit que j'étais pas venu que pour son beau visage à elle. « Mais quel nom veux-tu que je lui donne ? »
- Ça, je sais pas. Je connais pas sa tronche à ta gamine.
- C'est pas une gamine, c'est une femme.
- Tu pourrais m'en sortir une photocopie, Nono ?
- C'est malin ! Mais tu as raison, si je dois la garder un bout de temps, autant lui trouver un petit nom sympa. Peut-être bien qu'elle me répondra quand je l'appellerai.
- Si jamais c'est la cas, me dit Tripette, un peu inquiète, va te faire voir.
- Chez les Grecs ou à l'hosto ? T'en fais pas pour moi, elle est pas née celle qui m'enlèvera ma liberté.
Là, je m'avançais un peu.
- Dis donc, dans ton obsession...
- C'est pas une obsession, c'est une prise de tête, une squattérisation sans permis de séjour.
- Tu m'ôteras pas de l'idée qu'elle est pas venue là toute seule. Ou tu te l'es fourrée, mon pauvre ami, et ça relève des compétences d'un psy, ou t'es envoûté, et dans ce cas-là vise le spi...
- :-(
- A ton avis, ton visage de femme, il te veux du bien ou du mal ?
- Je sais pas ce qu'il me veut. Mais si jamais cette femme existe, je la prie à la minute d'aller se faire voir chez Malkovich.
En me couchant ce soir-là j'ai dit bonsoir à Coralie, et puis comme j'ai trouvé que c'était trop con Coralie, j'ai dit bonsoir à Annabelle. Et je crois bien que, Annabelle, c'est elle qui me l'a soufflé. Vous en pensez quoi, vous ?
Une semaine plus tard, pour présenter les choses en raccourci, Annabelle et moi sommes allés à la mer. C'était son idée à elle. Le salé, le mousseux, le collant lui manquaient. Elle était heureuse comme une gosse. Si elle avait pu, elle se serait risquée à sortir de son trou pour aller rouler dans l'eau. Non, j'étais pas plus déréglé que la semaine d'avant. J'avais simplement appris, un peu, à la connaître. Je savais qu'elle vivait à travers moi quelque chose de très intense dont je voulais pas la priver. Pour ma part, cette histoire me laissait à présent en paix. Je vivais ma vie, et de temps en temps je m'intéressais au cas Annabelle. Elle me dérangeait pas. Un jour, pendant deux ou trois heures, elle a disparu. Je m'en suis aperçu tout de suite. Au bout de quelques minutes, j'étais malheureux comme un rat délicat. J'ai eu peur de l'avoir blessée par mégarde, qu'elle se soit ennuyée à force de faire le tour du vélodrome, devant les gradins si peu fréquentés de mes pensées personnelles. Peut-être qu'elle croyait plus en moi. Je sentais un grand vide, j'avais envie de me plonger la bouille dans une baignoire pleine d'eau-de-vie. Et puis elle est revenue... avec une cigarette au bec. Une petite fumée blanche persistante m'embrumait un peu les idées. Mes pensées sentaient l'odeur du tabac tantôt chaud, tantôt froid. On s'y habitue. Une chose a changé avec le temps. Lorsque j'allais voir des femmes, je cherchais toujours celle qui allait me prêter sa silhouette, celle qui me donnerait sa voix, etc., mais j'avais plus besoin d'un visage. Annabelle y pourvoyait. Je me suis découvert sentimental. Je supportais difficilement de pas connaître le reste de son corps. J'aurais aimé la voir tout entière en face de moi. Je lui disais chaque soir avant de m'endormir. Elle écoutait de ses grands yeux profonds, mais disait rien. Elle a jamais rien dit. Ses yeux me parlaient. Sauf sur ce point. Ils restaient mystérieux. C'était ni oui ni non et à la fois oui et non. Je rêvais jamais d'elle. Jamais.
Bon. Un jour son regard m'a dit « emmène-moi chez Nicolas Henri Racine de Monville ». OK ! Je me suis renseigné. C'est un grand parc qu'on surnomme le désert de Retz. Mesdames, Messieurs, c'est en ce lieu cher aux surréalistes, à Colette et à d'autres (je suis pas conférencier, eh !) qu'Annabelle a pour la deuxième fois pris la fumée d'escampette. J'ai pensé qu'elle était partie renouveler son stock de cigarettes. A l'heure de la fermeture, elle était pas revenue. Ça m'a pas troublé. Je savais qu'elle saurait me retrouver où que je sois. Le surlendemain je suis retourné voir Tripette, seule dans le parfum secret.
- Je suis malade, Tripette. A crever.
- Pas besoin de me le dire, mon grand. T'as perdu la face.
- Bien plus ! Ma vie ! mon corps ! Ça fait deux jours qu'elle a disparu dans le désert.
- Tu lui as trouvé un nom au moins, pour lui courir après ?
- Annabelle.
- hen....
- quoi hein ?
- Banale.
- Tu trouves ?
- Ben oui. Dans l'autre sens ça fait qu'Ellébannal l'Annabelle.
- Plaisante pas avec elle, Tripette.
- Eh bien retourne dans ton désert, alors.
- Tu crois ?
- Sûr, que je crois, Nono ! Quand on a ces histoires en tête, il faut remuer sable et ciel.
- Tripette, un jour, la vie te donnera ce que tu mériterais qu'elle t'ait déjà apporté et que des salauds t'ont sûrement pris.
- La vie m'a déjà tout donné, mon grand.
- Quoi ? Toi, tu attends plus rien de la vie ?
- J'ai pas dit ça. Mais ce que j'attends, ça se passe ailleurs.
Je suis parti, sans prêter plus d'attention aux dernières paroles de Tripette, comme vous, et je le regretterai toute ma vie, parce que, quand Jean-Paul m'a appris qu'on l'avait repêchée avec un couteau dans le plexus solaire, à moi aussi ça a filé un coup. C'était pas une sainte Tripette, c'était au-delà de ça. Une surdouée des rapports humains. Elle vivait à la cloche, mais sa cloche à elle, elle sonnait dans un royaume céleste. Amène qu'elle était. Bon.
Dès le lendemain, je suis retourné dans le désert de Retz. Il y avait pas un chat. Ou plutôt il y avait que des chats. Des roux, des noirs, des mistigris. Mon Annabelle transformée en féline ? J'ai louvoyé pendant des heures sous le soleil, entre pavillon chinois, pyramide-glacière, temple du dieu Pan, vieille ruine gothique, tour tronquée et autre confusion spatio-temporelle, puis je me suis adossé au vieux tilleul qui marcotte comme un dément depuis plus de cinq cents ans, près d'un théâtre découvert. J'en ai profité pour avaler la tranche de melon confit qui traînait dans ma poche. Le malheur, quand il est brûlant, me donne faim. Après, je me suis endormi, et c'est bien la première fois que j'ai rêvé d'elle. La tête d'Annabelle était posée au beau milieu d'une table en marbre blanc. Elle s'est mise à toupiller en ronronnant, de plus en plus vite. J'avais peur qu'elle tombe par terre et explose en apothéose de melon gavé de soleil. Je voulais m'approcher pour la bloquer entre mes mains, mais j'étais incapable de bouger. Je voyais plus que les yeux. Le regard brun formait un halo autour de la sphère comme un train flou qui se mord le wagon de queue. Le bruit m'assourdissait.
- Pardon de vous avoir réveillé.
La femme qui me dévisageait serrait contre elle un cahier à dessin et avait pour elle une beauté étourdissante. Moi, je devais avoir l'air hagard, car elle a répété, sur un ton un peu moqueur, cette fois :
- Pardon de t'avoir réveillé.
- Vous m'avez pas réveillé. Je dors profondément, et je suis en train de rêver qu'une femme nommée Annabelle vient de sortir de ma tête. Pour toujours.
- Pour toujours ? Tu es drôle.
- Sûrement. En tout cas, vous lui ressemblez pas.
- Je m'appelle Anna.
- Pure coïncidence, ma belle !
Une feuille a glissé de l'intérieur de son album, et avant qu'elle la ramasse, j'ai eu le temps d'apercevoir une silhouette au fusain qui m'a rappelé un homme endormi au pied d'un vieux tilleul.
- Ferme les yeux.
Qu'auriez-vous fait à ma place ? J'ai obéi. Quand je me suis réveillé à nouveau, ou que je me suis rendormi définitivement, allez savoir ? le vent balayait un paquet de feuilles mortes vers mon visage. J'ai regardé l'heure à ma montre. Les aiguilles avaient disparu. Je me suis dirigé vers la sortie au moment où un gardien en survêtement fermait les grilles. Je l'ai appelée, elle. Le gardien a pas bronché, comme si c'était la chose la plus naturelle du monde, ici, de tenter d'accrocher des prénoms de femmes à la cime des arbres. J'ai eu envie de casser la figure à tous les gardiens de grille du monde, sans trop savoir pourquoi. Avant que j'aie pu saisir l'archétype au collet, il s'est envolé. Je me suis retrouvé seul, prisonnier dans le désert de Retz. Avec la drôle de certitude de n'être que le fantasme d'une femme...
Théo
13:37 Publié dans Les nouvelles | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : écrits, nouvelle, littérature, désert de retz
05.08.2009
Il était une fois
... un géant si grand
qu'il montait sur une échelle
pour se gratter la tête
... un nain si petit
qu'il prenait une loupe
pour se voir en vie
... un sumo si gros
qu'il roulait dans un tapis
pour aller faire pipi
... un poète silex
qu'il cognait les mots
pour trois étincelles
Théo
12:03 Publié dans Les insolites | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : poésie, écrit
22.07.2009
Le regard en bandoulière
Olivier de Kersauson
« Nous étions là pour la contemplation et l'appareil photo était le meilleur moyen d'assassiner le voyage que nous entreprenions. »
01:12 Publié dans Les perles et diamants | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : de kersauson
18.07.2009
Un mot
Sans un remords il aligne des mots
Vraiment comme si de rien n'était
Il vient pourtant de tuer son chat
Cet homme abominable et cruel
Et vous savez pourquoi ?
L'animal avait oublié d'ajouter
Un croissant à son petit-déjeuner
Franchement !
Qu'auriez-vous fait à sa place ?
L'auriez-vous tué aussi ?
Voilà, madame la commissaire principale
La dénonciation anonyme
Que nous avons reçue ce matin
Je pense, nous pensons, qu'il n'y a pas lieu de se déplacer
Un chat n'est qu'un chat
La différence réside dans un mot
On ne dira plus « il est vivant »
Mais « il est mort »
Vous avez raison Gautier
Mais je mènerai moi-même l'enquête
Cette affaire me bouleverse
Car je connaissais bien la victime :
Il s'appelait Mucha
Dessinait de fort belles femmes
Et m'apportait mon petit-déjeuner
Théo

22:49 Publié dans Les insolites, Les mots et images | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : mucha, écriture
16.07.2009
Là... hors...
19:31 Publié dans Les bienvenus | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : peinture, écriture, poésie
14.07.2009
Parce que !
00:00 Publié dans Les hommages | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : philippe leotard
11.07.2009
H..éros
00:19 Publié dans Les bienvenus | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : dessin, écriture
08.07.2009
Zones
les désirs sont des chairs
dont l'alcool nécessités
en des zones endogènes
attise les férocités
les envies se déterrent
en gage de proximités
sous des zones où les gènes
ont charge d'électricités
les plaisirs se lient d'airs
par deux sangs d'affinités
sur des zones érogènes
aux accents plébiscités
Théo
09:32 Publié dans Les poèmes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : poésie, écriture, littérature
06.07.2009
Cochon pendu
00:26 Publié dans Les mots et images | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : humour, actualité
05.07.2009
Transcendance attitude
- Que fais-tu ?
- J’apprends la méditation à mon derrière.
- Est-il bon élève ?
- Il est parfait dans la position du Lotus.
Théo
19:56 Publié dans Les dialogues | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : humour











